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avis trattoria milano grâce-hollogne

En état de Grâce à la Trattoria Milano

Elle ne paie pas de mine, comme ça, vue de l’extérieur, mais ceux que l’Italie botte savent que c’est souvent derrière les devantures les plus modestes que se cachent les meilleures tables. Dont acte à la Trattoria Milano, qui fait chanter la sauce rouge et qui donne envie de monter à Grâce. 

Oui, Grâce. Comme on dit à Liège, valet. Et pourtant, à vous, on peut l’avouer : Grâce-Hollogne, on n’y va jamais. On n’habite pas par-là, on n’y connaît personne, ce n’est pas comme si un musée ou une superbe randonnée secrète s’y cachait… On n’y va pas, c’est comme ça. Enfin. On n’y allait pas, disons. Parce que depuis qu’on a goûté aux délices de la Trattoria Milano, comment vous dire qu’on a changé d’avis ?

Confession, bis : c’est sur les conseils de Romy-de-chez-Cositas qu’on a atterri ici. Elle même d’origine italienne tenant une des tables ibères les plus sexy de Liège, elle partage sa vie avec un entrepreneur d’origine hispanique… Qui cuisine italien pour gagner sa vie. Che cazzo, vous dites ? Sur papier, peut-être. Sauf que Romy maîtrise délicieusement son interprétation de la cocina. Et que son cher et tendre, lui, fait tout pareil avec la cucina.

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Red sauce et spritz rose

Une fois n’est pas coutume : on ne s’étendra pas sur le parcours des co-propriétaires de la Trattoria Milano. Parce qu’ils préfèrent laisser leur travail parler pour eux, tout simplement. Tout juste si on vous précisera qu’il y a presque autant d’amour entre eux qu’entre Monsieur Trattoria et Madame Cositas. Et qu’en plus de former un duo en cuisine et en salle, l’un d’eux est aussi le parrain de la marmaille de l’autre.

Beaucoup d’affection, beaucoup de maîtrise aussi. C’est que le pendant masculin du duo n’en est pas à son coup d’essai, et a déjà ouvert une série d’adresses qui ont fait saliver le tout Liège. Et su surfer sur les tendances culinaires du moment.

trattoria milano grâce-hollogne

Dont acte, donc, avec cette Trattoria Milano, véritable dealer de red sauce qui n’hésite pas à s’emparer des tocades food qui mijotent sur les réseaux. Et à s’amuser avec les classiques indémodables tant qu’il y est.

L’apéro ? Un spritz, what else, mais version Sarti. Soit, officiellement, un « mélange élégant d’orange sanguine, mangue et fruit de la passion ». Dans le verre ? Un divin nectar qui a le goût et la couleur du sorbet pêche de vigne de chez Vittorio et Filles. Les vrais sauront.

Petite carte, grande faim

Mamma Mia que c’est bon. Qu’on a bon. Habitués des étés indolents dans le Lazio, on retrouve ici un certain art de vivre à l’italienne. C’est-à-dire, des gargotes à la cuisine ultra généreuse, où on ne vient pas tant pour le cadre (même s’il est chaleureux) que pour les assiettes, ultra crapuleuses.

Éclairée à la bougie et n’autorisant à son épure vaguement campagnarde que quelques clins d’oeil joliment ritalos, cette Trattoria Milano n’évoque pas tant la bourgeoise du nord que les villages. Niveau déco, donc, mais aussi service, souriant, sans chichis et attentif. Pour éponger nos spritz rosés (ah ben oui, deux chacun, obligé) on pille la carte des entrées.

Facile, nous direz-vous : dans une optique d’authenticité, mais aussi et surtout, de qualité, le menu est compact au possible. Quatre entrées, quatre plats de pâtes, une viande, deux desserts et basta. On commence donc très fort avec un trio terre-mer-épicure sa mère.

Terre-mer-sa mère

Soit : des polpette al sugo, un tartare de gambas à peine snackées servi sur une mer d’excellente huile d’olive et des moules à la crème de gorgonzola. Lesquelles sont tellement dingues qu’à notre table, quelqu’un qui ne mange officiellement ni bivalves ni bleu se la joue Morse-d’Alice-au-Pays-des-Merveilles avec les coquilles, et sauce aussi joyeusement que l’auteure de ces lignes la moindre goutte de crème umami au possible qui les accompagne.

Moelleuses et girondes, les polpette ont le goût d’une amourette d’été sur la côte italienne. Et les gambas ? Ohlalala, les gambas.

avis trattoria milano grâce-hollogneUn ré-gal. Pour peu, on se croirait téléportés il y a quelques mois, dans la chaleur brûlante de Fano, à gober du crudo de gambero rosso pieds dans l’eau.

Avec une telle entrée en la matière, comment vous dire qu’on est déjà en état de Grâce ?

Chaud cacao

Et côté plats, alors ? Si c’était à refaire, on aurait goûté aussi aux pâtes au ragù de vitello, mijoté lentement et doucement, comme les meilleures histoires d’amour. On l’a vu passer, il avait l’air dingue, mais on n’a pas à se plaindre.

À notre table : une version revisitée des pasta aux fruits de mer avec des fragola sarda, des spaghetti puttanesca et tartare de thon rouge et, surprise, une pasta saucisse, gorgonzola, ‘nduja et… chocolat.

On va spoiler direct : c’est sans hésiter celle des trois qui nous a le plus impressionnés. Gourmande, canaille, inattendue, câline, surprenante… Sur papier, elle aurait presque pu choquer, mais dans l’assiette, elle avait vraiment tout pour plaire. Ce qui est une autre manière de dire qu’on l’a goulafée, puis qu’on n’avait plus assez faim pour la suite. Parce que vous l’aurez peut-être compris à la dégustation des photos, mais ici, les portions ne sont pas pour les bambini.

Andiamo !

Le resto se vide, on se prend à picorer nos pâtes froides en vidant nos verres de vin, à saucer au doigt le combo cacao-ndjua. On papote un peu avec le patron, son enthousiasme est contagieux, on lui dit qu’il devrait amener sa Milanaise à Liège. Il le sait.

En attendant, nous, Liège, on y est attendus pour un anniversaire. Donc on prend congé de cette trattoria authentique qu’on a eu bien du plaisir à découvrir. De retour à la bamboche qu’on avait quittée à l’heure de l’apéro, ça s’étonne. Comment ça, on avait un resto et on est déjà là ?! Décidément, Grâce-Hollogne, ce n’est pas si loin que ça. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment le Pérou. Et on a trouvé une délicieuse raison d’y faire un saut de puce de temps en temps.

Trattoria Milano

Rue Jean Jaurès 19, Grâce-Hollogne – @trattoriamilano

DI-VE 12-14 et 18-22 / SA 18-22

Encore faim ? 

Journaliste pour Le Vif Weekend & Knack Weekend, Kathleen a aussi posé sa plume dans VICE, Le Vif ou encore Wilfried, avec une préférence pour les sujets de société et politique. Mariée avec Clément, co-rédacteur en chef de Boulettes Magazine, elle a fondé avec lui le semestriel SIROP, décliné à Liège et Bruxelles en attendant le reste du pays.