Avec Cositas, Liège s’offre le bar à tapas ibère sexy qu’elle mérite
La séduction opère dès l’arrivée. Parce qu’avec son magistral comptoir de tuiles immaculées rehaussées de clins d’oeil à l’Espagne, la déco en impose. Parce que la danse délicate des flammes des bougies qui éclairent le resto met le coeur en fête. La carte qui fait saliver, l’accueil adorable d’Alexandre, le sourire chaleureux de Romina… Oui, tout ça. Mais plus encore, indéfinissable. C’est évident d’emblée : ce je-ne-sais-quoi qui fait d’une adresse un repère d’habitués est là. De vous à nous, on n’avait pas encore commandé quoi que ce soit chez Cositas qu’on se regardait complice, avec l’oeil pétillant du couple ravi d’avoir trouvé un nouveau QG pour dates sexy à Liège.
On va divulgâcher direct, au cas où ça n’aurait pas été clair dès le titre : une fois la première salve de verres et d’assiettes arrivée, ce sentiment n’a été que confirmé. Exalté, même. L’ingrédient secret ? Une putain de fierté principautaire. Et la joie de se dire que cette adresse qui ne déparerait pas plus à Madrid qu’à Berlin ou à Paris est chez nous. Ici.
¡ Viva Liège ! Vive Cositas et sa créatrice Romina, surtout. Préparez vos papilles, on vous raconte tout.
Comme là-bas
À commencer par l’accueil, donc. Chaleureux, souriant, attentionné. L’essence même de cette célèbre sympathie liégeoise que le reste du pays, non, du monde nous envie. L’accent presqu’imperceptible d’Alexandre, qui assure un service en salle impeccable ? Il vient de sa Madrid natale, lui qui a la double nationalité belge et espagnole. Et qui alterne entre ses deux langues chez Cositas, l’endroit attirant des ibères de passage, dont la table juste derrière notre perchoir au comptoir.
« Ils m’ont dit qu’ils étaient super contents de retrouver cette cuisine ici, qu’ils se croyaient comme en Espagne » glisse notre serveur, ravi.
On laissera aux natifs le soin de juger l’authenticité. Ce qu’on goûte, nous, avec nos papilles voyageuses : des saveurs qu’on a, en effet, pas l’habitude de retrouver sous nos latitudes. Trop souvent, et comme c’est dommage, la cuisine espagnole se limite en Belgique à des paellas plus ou moins réussies et à des tortillas plutôt roboratives.
Ajoutez quelques « tapas » qui n’en ont souvent que le nom, et que jamais on n’oserait proposer dans la patrie de Cervantes, et vous voilà servis.
Ritmo de la noche
Enfin, du moins, ça, c’était avant Romina et Cositas. Avec une franchise aussi désarmante que rafraîchissante, la jeune trentenaire confie avoir voulu créer un lieu « comme à Paris ». Comprendre : une table dont l’aspect esthétique est aussi soigné que la carte. C’est d’autant plus réussi qu’elle a assuré seule la DA, et pensé ce comptoir avec refroidisseur à bouteilles intégré qui ancre tout son établissement.
Dans une autre vie pas si lointaine (Cositas a ouvert à l’automne 2025) Romina travaillait dans les RH. « Mais depuis mes 18 ans, je bosse dans l’Horeca en parallèle de mes études, et c’est un univers qui m’anime beaucoup plus que le travail de bureau. Mon envie d’être indépendante était plus grande que mes craintes, et le rythme des restos m’énergise, donc je me suis lancée ». Le bar à café espagnol auquel elle pensait s’est transformé, au gré de la réflexion du projet, en bar à tapas.
Et putain : gracias.
Croquettes championnes
C’est qu’ici, on se régale. Mais genre, salement. À avoir les lèvres qui brillent de (bon) gras, les doigts qui collent, le bidou qui bedaine, et quand même, à se surprendre à desserrer sa ceinture en loucedé plutôt que de se priver de commander encore l’une ou l’autre assiette parce que : délice suprême.
On n’attendait rien des croquetas de Romina, elles nous ont tout donné. On était là, comme deux blasés, à se dire que oui, bon, une croqueta c’est une croquette, et dès la première bouchée, notre chique a été coupée.
Ou plus précisément, la bouche pleine et plein d’enthousiasme, mon compagnon de table m’a enjointe à les goûter TOUT DE SUITE. « Cobra House prend cher ! » qu’il a dit. D’aucuns diront même glapi, tant il était réjoui.
Compréhensible : ultra croustillantes à l’intérieur, généreusement garnies d’un appareil umami à souhait, avec mini morceaux de jamon pour titiller le palais… Si toutes les croquettes étaient de cet acabit, laissez-moi vous dire qu’on serait tous aussi hauts que larges.
Voyage gustatif
Autre coup de coeur, les moules au fromage bleu. C’est-à-dire deux ingrédients que ma tendre moitié vomit normalement, pour le dire poliment, et qu’il a ici dévoré à belles dents. Rendu sensuel et subtil par la main habile de Romina, le cabral se fait faire-valoir de mollusques cuits à la perfection. À plusieurs moments de la soirée, prévenant, Alexandre viendra nous demander s’il peut débarrasser.
Ce à quoi on lui répondra, bien après que les moules aient refroidi et que la sauce ait commencé à figer que non, c’est trop bon, on continue à picorer.

À l’espagnole, non ? Les heures s’enchaînent, les assiettes, aussi, et bientôt, notre bout de comptoir est rempli de délices. La sangria maison, bien qu’exquise, est vite remplacée par un tinto de verano parfait quand Alexandre nous apprend qu’en Espagne, « à part peut-être à Barcelone, il n’y a que les touristes qui boivent de la sangria ».
Non merci, ce soir, on joue la carte de l’authenticité totale.
Tant et si bien qu’entre les sublimes asperges à l’ajo blanco et le pan con tomate rehaussé d’un crudo de gambas, ma moitié me glisse que « ça va faire tout bizarre en sortant de réaliser qu’on est à Liège, et pas en Espagne en bord de mer ». Vrai.
Hace calor !
Mais avant même qu’on puisse en nourrir la moindre mélancolie, une autre assiette de prime à bord presque banale (pardon, chères croquetas) nous transcende. Le verbe est exalté, la superbe du chorizo poêlé rehaussé de fenouil le justifie.
Chaud, coquin, complexe, il est du genre à faire oublier le moindre souvenir de tranches rouges tristounes trop cuites sur une pizza.
Rien que pour lui, on pourrait revenir chez Cositas. Enfin, si on ne revenait pas déjà de base pour dévorer toute la carte.

On papote, on sirote, on se régale. Les tables du premier service ont fait place aux dîneurs plus tardifs, comme là-bas. À regret, on a laissé les dernières miettes de nos tapas (sans blague qu’on a saucé l’ajo blanco au doigt comme des chacals) repartir en cuisine.
Il fallait bien ça pour faire place à une crème catalane au zeste d’orange de fou malade ainsi qu’à une mousse au chocolat, huile d’olive et fleur de sel clairement pensée pour faire buguer de la meilleure manière cerveau et palais.
Comer, beber, querer
Face à l’auteure de ces lignes, un pétard dont la grand-mère vient de Krefeld ? Une bouteille de vin dont l’étiquette figure une meuf à tête d’ours en plein cri féroce et « Y la Alemania ». Au mur ? La vareuse de Luis Enrique, el numero 21 – celui-là même qui porte bonheur à notre couple depuis plus d’une décennie. C’était le hasard ou c’était le destin, mais c’est Cositas, c’est certain.
Alors que se brouille la frontière entre la veille et le lendemain, on finit la soirée à rire et trinquer avec Romina et le duo de choc auquel on devait les burgers Bunny. On ne sait plus trop si on est au resto, dans un bar ou chez des potes. Et c’est là l’ingrédient secret du charme de Cositas : comer, beber y mucho amor.
Cositas
Rue de la Cathédrale, 110 – @cositasliege
Ouvert du lundi au samedi de 18:00 à 22:00, et du vendredi au samedi de 12:00 à 15:00.
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Photos : Clément Jadot pour Boulettes Magazine.
