Guide de Malte, l’éternel été à 4h de Liège
À la croisé du monde arabe, de la culture italienne et de l’héritage britannique, l’île de Malte offre un métissage unique en son genre pour une destination tout aussi singulière. Entre terre et mer, le plus petit État de l’Union européenne s’appuie sur une histoire riche, inversement proportionnelle à sa taille. Un pays d’un demi-million d’âmes qui s’étend sur un territoire équivalent à un dixième de la province de Liège. Et où, pourtant, le soleil ne se couche jamais. Ou presque.
It was the best of times, it was the worst of times… Un dimanche ordinaire de novembre. Deux Cités-États, deux traditions médiévales, deux agglomérations ponctuées d’innombrables clochers. À Liège, la pluie principautaire, les journées qui raccourcissent et ce froid maussade de la fin de l’automne, qui n’annonce ni franchement le début de l’hiver, ni vraiment la fin de l’année. Juste la fermeture de la foire sur un parfum de chrysanthèmes fanés. À Malte, 24°C, la récolte des oliviers, la méditerranée à perte de vue. Et partout, cette roche calcaire aux doux reflets couleur de miel, chaude et réconfortante.
Deux destinations que tout oppose, si ce n’est une même chaleur humaine et un sens de l’accueil inégalé. Luxe, calme et volupté, mais aussi nuits endiablées et adresses confidentielles pour initiés… on a mené l’enquête dans le plus méridional des pays septentrionaux. Faites votre Valette, on vous emmène.
Île au trésor
Pour se rendre à Malte, pas besoin d’embarquer sur l’Hispaniola. Un vol direct depuis Bruxelles ou Charleroi suffira à vous emmener à bon port (et à moindres frais). Un petit plaisir coupable qu’on s’autorise d’autant plus facilement que les alternatives sont rares, voire inexistantes. À moins de posséder son propre voilier, ce qui n’est malheureusement pas notre cas. Un passage obligé qui se fait rapidement oublier tandis que nous mettons le cap non vers La Valette, la capitale, et sa conurbation urbaine, qui rassemblent plus de 90% de la population maltaise, mais vers Ir-Rabbat (dites Ra-Batte), le poumon vert de l’île.

Ancienne capitale de l’île avant l’arrivée des chevaliers, la ville, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, reste l’apanage de la noblesse maltaise. Ce qui ne l’empêche pas d’être un des hauts lieux du tourisme maltais, où viennent flâner les touristes en goguette, attirés par le charme de ses ruelles piétonnes et ses somptueuses façades, toutes déclinées dans les ocres caractéristiques de l’île. Un fil rouge tout au long du voyage qui assure la cohérence urbanistique et confère aux édifices un supplément d’âme. Il faut d’ailleurs le souligner, partout où nous passons, l’île est impeccable, accueillante et reposante.
Belle de jour, mais surtout de nuit, c’est en soirée qu’on profite pleinement du charme apaisant de la ville. De ses venelles tentaculaires et de l’imposante basilique Saint-Dominique. Un environnement aussi calme que somptueux, qui a notamment abrité les équipes de Games of Thrones, tombées sous le charme. À tel point que la ville a fourni le décor de de nombreuses scènes de Port-Réal, capitale du Royaume des Sept Couronnes et siège du fameux trône de fer. Une référence qui parlera aux inconditionnels de la série.

Au-delà de la ville en tant que telle, la région alentour gagne aussi à être visitée est un pied à terre de choix à partir duquel rayonner dans l’île. Non seulement elle offre un cadre verdoyant dans un pays plutôt aride – voire torride en plein été – mais c’est aussi une zone de quiétude bienvenue, qui contraste avec le charme plus bouillonnant de La Valette. Invités par Visit Malta à découvrir les joies de l’île, on n’a d’ailleurs par rechigné à tester comme ils le proposaient l’hôtel Verdala Wellness, qui vient à merveille compléter l’expérience.
King’s Landing
Au pays des chevaliers, les princes sont roi. Aucune raison donc de se priver durant votre séjour et de ne pas vous autoriser le luxe d’une escapade au Verdala, le tout nouvel hôtel cinq étoiles en bordure d’Ir-Rabbat qui allie tout le confort d’un palais moderne – du menu des oreillers à sélectionner pour votre chambre au catalogue des senteurs de celle-ci – à celui d’un centre wellness de haut niveau, comprenant des soins professionnels et différents espaces de détente. Piscines intérieures, piscines extérieures, jacuzzi, sauna et hammam… tout au long de la journée, l’équipe propose une sélection d’activités « bien-être ».
Voir cette publication sur Instagram
Parfaitement intégré dans son environnement, l’hôtel offre un havre de paix réservé aux adultes et décliné dans une gamme de tons naturels, du beige au bois flotté. Un pied-à-terre idéal loin du tohu-bohu de la conurbation urbaine autour de La Valette, mais aussi une destination à part entière, l’hôtel et sa splendide piscine à débordement avec vue sur la vallée valant à eux seuls le détour. Sur place, un staff professionnel et charmant veille au grain et assure un niveau à la hauteur des prétentions d’un lieu qui, pour sa catégorie, reste malgré tout accessible (apd. 220€ la nuit en chambre double).
Sur place, difficile aussi de passer à côté du restaurant de l’hôtel, The Griffin, en charge aussi du petit-déjeuner, et dont la qualité n’a d’égale que sa proximité. Au menu, une cuisine continentale de brasserie avec des influences méditerranéennes exécutée dans les règles de l’art. Steak Ribeye, bar grillé, moules à la vapeur ou risotto de butternut… sans sortir des sentiers battus, la carte plaira aux épicuriens comme à ceux qui surveillent leur ligne. Des préparations impeccables qu’accompagnent les légumes du jardin de l’hôtel, ainsi qu’un superbe chariot de desserts en fin de repas dont la supervision est confiée à la maître pâtissière française de la maison. À tout seigneur, tout honneur.

Pour les visiteurs qui cherchent à pousser plus loin la découverte, on ne peut que chaudement recommander l’organisation d’un repas à la ferme Ta’ Cicivetta. Sur place, Charlotte et Tony, propriétaires résidents, reçoivent les dineurs comme à la maison, dans la superbe cuisine à ciel ouvert, aménagée à cet effet. L’occasion de partager un repas en toute convivialité tout en dégustant les produits de la ferme, dont leur excellente huile d’olive, en profitant des conseils avisés des maîtres des lieux. Sous les oliviers, c’est aussi le lieu idéal pour déguster les spécialités maltaises « comme chez soi », dont le stuffat tal-fenek (le ragout de lapin à la maltaise), la spécialité régionale par excellence.
Bouillon de culture
Frais, reposé et acclimaté, vous êtes maintenant dans les conditions idéales pour partir à l’assaut du reste de l’île. Et de sa capitale La Valette Fondée par Jean de la Valette en 1566, Grand Maître de l’ordre hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, celle-ci concrétise l’arrivée des chevaliers hospitaliers sur l’île, exilés de Rhodes et accueillis sur Malte par Charles Quint qui leur en confie la charge. Érigée sur les fondations défensives qui ont permis aux chevaliers maltais de résister au Grand Siège des Turcs en 1565, son histoire est intrinsèquement liée à celle de l’ordre des chevaliers hospitaliers. Un ordre militaire initialement destiné à protéger les pèlerins en terre sainte, proche en cela des Templiers dont ils reçoivent d’ailleurs les biens – du moins ce qu’il en reste – lors de sa dissolution en 1314.

Issus de la noblesse des quatre coins de l’Europe, les chevaliers maltais ont administré l’île pendant près de trois siècles tout en y apportant leur coloration régionale en cours de route. Un passé que reflète encore pleinement aujourd’hui la petite ville de La Valette où l’on retrouve au fil des rues les auberges et les églises des principales délégations européennes venues de France, d’Italie ou d’ailleurs. Un certain cosmopolitisme devenu un trait caractéristique de l’île, passée sous pavillon français à la Révolution, puis anglais durant un siècle et demi, et ce, jusqu’à l’indépendance, en 1964.
Il suffit pour s’en convaincre de flâner au fil des rues de la capitale, où l’on passe volontiers du café italien au pub anglais. Les aficionados de The Crown le savent, l’île occupe encore aujourd’hui un statut spécial dans le cœur des Britanniques. Et elle le leur rend bien. Pour preuve, le Manoel Theater, où de nombreuses représentations sont données en anglais. Au grand bonheur des touristes de passages, qui en redemandent. Lors de notre voyage, on a ainsi pu s’en donner à cœur joie sur une réinterprétation live de The Full Monthy. Un peu de Sheffield et beaucoup de rires.
Jusqu’au bout de la nuit
Vous n’êtes pas trop théâtre ? Qu’à cela ne tienne ! La ville et sa bouillonnante conurbation jouissent d’une scène food qui n’a rien à envier aux grandes capitales européennes. L’île compte d’ailleurs 42 entrées au guide Michelin, dont 5 bips gourmands, 6 une étoile et un deux étoiles, dont la plupart se trouvent dans la capitale. Parmi les adresses testées sur place, on ne que peut recommander les douceurs sucrées du Caffe Cordina, incontournable, ou le One80, qui offre une cuisine méditerranéenne contemporaine et une belle sélection de vins. Parmi les spécialités de la maison, difficile de résister au Chateaubriand pour deux.
Voir cette publication sur Instagram
Enfin, si vous avez tout simplement le cœur à la fête, la ville n’est pas en reste. Pour les soirées enjaillées, les noctambules finiront tôt ou tard par arpenter les rues de St Julian, et de Paceville, incontournables de la fête à Malte. Safe, inclusive et souvent comparée à Ibiza, l’île de Malte présente de nombreux atouts pour les noceurs. À commencer par des températures agréables la nuit, des boissons à prix doux et une concentration assez délirante de clubs et bars en tout genre qui en font aussi une usine à souvenirs flous et à stories Instagram douteuses. Mais ça, c’est une autre histoire…
Histoire, patrimoine, mais aussi gastronomie, Dolce Vita et farniente à prix doux, on l’aura compris, l’île de Malte à tout pour plaire, ou presque. Plus accessible qu’on ne le pense, elle offre un pied à terre en Europe où l’on va volontiers recharger ses batteries. Pour un city trip entre potes, une virée en amoureux, une semaine de détente en famille et plus si affinités. Une destination pour les jeunes et ceux qui souhaitent le rester qui mettra tout le monde d’accord. Et rappelle ici aussi que non, ce n’est pas la taille qui compte…

