Le fait est que Jambon Violon est la table la plus cool de Liège
En bord de dérivation, sur un quai calme qu’on associe plutôt au résidentiel qu’à la gastronomie, Jambon Violon touche une corde sensible. À la fois accueillante et branchée, culinairement exigeante et décontractée, surprenante et sexy, c’est sans le moindre doute la table la plus cool de Liège à l’heure d’écrire ces lignes. Récit d’un repas sans la moindre fausse note.
Et pourtant, ce n’était pas gagné. C’est qu’Elisa et Tom, le charmant couple à l’origine de l’adresse, avaient d’abord ouvert Magma. Déjà en Outremeuse, ensemble et avec un parti pris assumé pour les ingrédients locaux sublimés. Mais voilà : pour nous, la magie n’avait jamais vraiment opéré. Peut-être parce qu’on n’est rien si pas les Barons Blasés de la Blasance. Et que le concept des petites assiettes à partager nous saoulait avant même que le monde entier ne le digère plus.
Peut-être aussi parce que le cadre n’était pas tout à fait à la hauteur de la cuisine de Tom et de son équipe ? Toujours est-il que bien que le couple soit proche de membres de notre famille qu’on adore (et qui ne manquaient jamais de chanter leurs louanges) Magma ne mettait pas nos papilles en ébullition. C’est donc curieux, mais presque avec un a priori, si pas négatif, à tout le moins blasé, qu’on s’est rendus chez Jambon Violon peu de temps après son ouverture.
C’était un jeudi soir de retour de Bruxelles, aux derniers murmures de l’hiver. On ne s’attendait à rien, on a tout adoré.
On l’a écrit dans le chapeau et dans le titre, déjà, mais quand on aime, on ne compte pas (les répétitions). Donc : Jambon Violon est une table virtuose. Et si vous ne l’avez pas encore testée, on va vous raconter par le menu ce repas qui résonne encore comme un coup de foudre.
Comme chez soi (mais chez eux)
C’est que dès l’arrivée, la séduction opère.
Le lieu n’est pas seulement le restaurant de Tom et Elisa : les deux jeunes liégeois habitent également sur place. Il s’agit donc de sonner à la porte de cette élégante maison de maître en bord d’eau, comme si on se rendait chez des amis. Accueillis par Justine, qui forme avec Quentin (en cuisine aux côtés de Tom) les deux autres piliers de ce délicieux quatuor à cordes, on apprécie le sas de décompression entre la ville et le resto qu’implique cette implantation hybride.

Du dehors, la lumière chaleureuse qui se dégage de la salle fait envie, et une fois assis, on en profite. D’autant que la chance fait qu’on soit installés dans la partie du resto la plus proche du bar et de la cuisine, plus feutrée et cosy que celle qui donne sur le quai.
Autre bonne surprise, jamais garantie dans une table au menu fixe ? Non seulement tous les plats nous font envie, mais en prime, à 68 euros par personne le 6 services, le prix est plus qu’honnête.
Surtout au regard de ce que Tom et Quentin envoient.
Du côté de chez Serge
A commencer par une portion de charcuterie maison à laquelle on ne résiste pas avec l’apéro. Comment le pourrait-on ?! Vous en connaissez beaucoup, vous, des jeunes chefs qui font leurs salaisons eux-mêmes ? Et notre gourmandise est récompensée dès les premières bouchées, voluptueuses à souhait.
Ne s’improvise pas maître-charcutier qui veut, mais force est de constater que le duo de chefs fait honneur au nom de la maison.

Qui doit d’ailleurs moins à la charcutaille qu’à Gainsbarre.
Ainsi que l’explique Elisa, Jambon Violon vient d’une chanson de Gainsbourg, Un violon, un jambon. « C’est une chanson pas très connue. On est tombés dessus dans un vieux recueil de ses textes, et les paroles nous ont directement parlé.
Et puis on aime aussi la dichotomie de ce nom, entre un côté gourmand et brut, et un aspect plus poétique.
Surtout qu’on fait nos propres charcuteries ! » Quand au logo, c’est leur ami le tatoueur Martin Ortega qui l’a créé.
Voilà pour la pause contexte.

Dans l’assiette ?
Gourmandise et luxure
Claque sur claque sur claque.
Si le talent d’un chef se mesure à rendre appétissants des ingrédients auxquels on goûte peu d’ordinaire, alors : chapeau bas. Accueilli par une grimace du gros bébé dîneur difficile de notre duo, le poisson cru paré de chermoula et d’agrumes est dévoré jusqu’à la dernière (irrésistible) bouchée.

Pareil pour les pâtes au bouillon, boulettes et chou toscan, qui réussissent à être à la fois réconfortantes et sexy.
Une allégorie comestible du cadre, si vous voulez. Eclairées à la bougie, les tables de bois patiné par les années sont suffisamment proches pour créer un sentiment de convivialité. Mais suffisamment éloignées pour se prêter aux têtes-à-têtes romantiques.

Dont acte à la nôtre, de table. Où plus on avance dans le menu, plus on devient deux ersatz du regretté Anthony Bourdain.
Comprendre : on mange avec les doigts, on sauce nos assiettes, on arrose copieusement tout ça de vin très bien choisi (et conseillé) par Elisa et on se sussure des mots grivois, parce qu’au fond, pourquoi pas ?
Beaucoup d’amour
Après tout, chez Jambon Violon, il n’y a que de l’amour.
Celui que le couple de fondateurs se voue, celui qui les unit aux deux amis qui les ont rejoint dans l’aventure, et puis leur amour de la gastronomie, aussi. Tous deux diplômés en communication, c’est mûs d’une envie commune de vivre de leur passion que Tom et Elisa ont pris la voie de l’Horeca.
« On veut vraiment faire une cuisine qui se base sur le produit. Chaque semaine, nos fournisseurs nous envoient leurs dispos, et on construit le menu en fonction, explique cette dernière.
On aime le côté brut des ingrédients, les travailler sans les dénaturer.
On adore les classiques des cuisines belge, française et italienne. Il y a aussi la cuisine au feu de bois qui nous fait vibrer. Pour le moment, on a un barbecue japonais. Mais on aimerait développer ça en installant un four à bois, notamment pour cuire notre pain maison ».

Et le vin?
« On part plusieurs fois par an faire les salons de Loire et du Jura. Ou directement visiter des domaines. C’est vraiment une passion grandissante pour nous.
L’idée, c’est de proposer les vins qui nous plaisent.
Faits par des vrais artisans de la manière la plus naturelle possible ». Du vin nature, oui, mais pas du vinaigre qui sent vaguement l’écurie, promis. Bien que goûtant peu à ces crus toujours plus présents (est-on blasés ou ringards ?!) on a été séduits par la sélection de Jambon Violon.
Tant et si bien qu’on a allègrement pioché dans la carte des vins.

Canaille ? Peut-être. Dispendieux ? Certes. Mais sachant que les boissons représentent la plus grande source de profits pour les restaurateurs, et qu’on tient à ce que cette table ô combien réjouissante perdure, on préfère parler de mécénat. Ah !
Symphonie sexy
Quand arrive le dessert et qu’on réalise que la « gaufre flamande » promise est en réalité une stroopwafel maison servie toute chaude, notre mariage, pourtant béat, est brièvement menacé. C’est qu’il n’y en a que deux (une par personne) et l’un de nous semble considérer qu’il s’agit-là de sa portion. Ce qui est, au fond, tout à fait compréhensible, puisque non contentes d’embaumer, ces coquines sont également exquises.
Près de deux mois après notre visite, on en parle encore, c’est dire.

Seront-elles là lors de votre visite ?
« Le menu change rarement entièrement d’un coup.
L’idée, c’est d’avoir un menu en changement hebdomadaire constant, en fonction des saisons.
Et des produits frais disponibles chez nos producteurs, maraichers et fermiers. D’une semaine à l’autre, il y a toujours des changements d’un ou deux services du menu. Du coup, au bout de trois à quatre semaines, tout a changé » note encore Elisa.
« Suspends un violon, un jambon à ta porte. Et tu verras rappliquer les copains. Tous tes soucis que le diable les emporte, jusqu’à demain » invite Gainsbourg dans la chanson qui a donné son nom à Jambon Violon. Vraiment : pas mieux dit. La vie peut être dure, mais dans cette oasis gustative, îlot d’épicurisme en bord d’eau, elle est si douce. Et délicieuse.
En raison de leur polyvalence, les violons constituent le pilier d’un orchestre symphonique. Celui-ci, avec ses notes gourmandes et enjouées ainsi que son jambon maison, est sans hésiter un des essentiels de la gastronomie principautaire.
Jambon Violon
Quai de la Dérivation 39, 4020 Liège – 04 221 35 72 – jambonviolon.be
Ouvert du mercredi au samedi en soirée – Réservations ici.
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