Boulettes Magazine

Le magazine gourmand de découvertes
TOP
Club de lecture Liège

Au Slow Reading Club, rendez-vous insolite des amoureux de lecture

C’est l’histoire d’une lectrice compulsive qui décide de remettre la lecture au chapitre, et pour ce faire, de rassembler d’autres papivores comme elle dans des endroits insolites de Liège. Au Slow Reading Club, on vient lire en groupe, mais en silence, et surtout, prendre le temps de rêver. 


A l’origine du projet, Eloïse, une jeune maman de 33 ans, qui a étudié la communication puis les romanes avant de devenir prof de français et d’histoire. Une amoureuse de lettres, et une lectrice avec un grand « l », grand comme son besoin vital de se retrouver. C’est qu’avec un petit Gaston de 2 ans et un retour à Liège après avoir enseigné aux Etats-Unis, pas facile de trouver le temps de se poser. C’est lors d’une visite ressourçante au spa avec son mari qu’Eloïse lit un article sur le mouvement Slow Reading, fondé en Nouvelle-Zélande et pas encore implanté à Liège. Qu’à cela ne tienne: quelques semaines plus tard, Eloïse y remédiait en organisant la première rencontre à la librairie Toutes Directions.


Depuis, les lecteurs se sont réunis dans des cadres aussi surprenants et enchanteurs que l’idyllique cour de la Maison de la Presse ou un B&B perché dans les escaliers de Bueren. Le principe des rencontres: pendant 1h30, les participants se retrouvent dans un endroit choisi par Eloïse pour lire ensemble, mais en silence. Un détail qui a toute son importance.

Le silence est de moins en moins accessible aux citadins, contraints d’assurer un max avec un minimum d’occasions de se poser. Alors que le silence est pourtant nécessaire, d’abord pour se relaxer mais aussi pour être à l’écoute de soi-même. La lecture permet ça. L’idée est aussi de faire découvrir aux participants des lieux de silence, de leur montrer qu’il est possible de se créer des respirations dans un contexte effervescent. 

Et le concept plaît: certaines rencontres sont à peine annoncées sur la page Facebook du Slow Reading Club liégeois qu’elles sont déjà complètes.

Pour la première rencontre, je m’attendais à voir arriver 3-4 personnes, et j’aurais déjà été très contente. Finalement, on était une petite quinzaine, et tout l’étage de la librairie était complet. De fil en aiguille, plusieurs personnes sont revenues et un petit « noyau dur » s’est créé. Les séances organisées en plein air cet été ont rencontré un grand succès (jusqu’à 50 participants parfois) et de plus en plus de personnes sont venues me remercier d’avoir créé le Club. Ce qui me touche et me déstabilise à chaque fois, car je n’ai fait que lancer une invitation et ce sont les gens qui décident d’y répondre.


Des gens aux profils aussi divers et variés qu’il existe de genres littéraires. Même si Eloïse remarque tout de même que son public est majoritairement féminin, ce qui la pousse à s’interroger en tant que maman active parfois un peu débordée aussi.

Je me demande pourquoi il y a plus de femmes que d’hommes, pourquoi elles ont plus besoin de respirer et de s’accorder du temps pour elles. Sinon, il y a plusieurs générations qui se rencontrent, aussi bien des étudiants que des retraités. Pas mal de 30-45 ans aussi, ce qui confirme mon intuition initiale que les personnes actives ont besoin de prendre du temps pour eux.

Pour Eloïse, la lecture a toujours été une source d’évasion, et c’est avec émotions qu’elle parle de sa fratrie entourant leur maman qui leur lisait des histoires, des nuits blanches à l’adolescence avec une lampe de poche, et puis de l’exaltation en caressant du regard la bibliothèque de ses parents et en se disant qu’un jour, elle aussi lirait leurs livres. Et puis aujourd’hui, les moments complices et de tendresse au moment de lire l’histoire du soir à son fils.

Sinon, à chaque fois, c’est le bonheur des mots, voir leur délié, entendre leurs sonorités dans ma tête, savourer leur impact et la résonance qu’ils provoquent en moi. La lecture permet le recul, l’analyse des choses et l’introspection, ce qui est de plus en plus important de nos jours je trouve. 


Plus qu’une incitation à la lecture, Eloïse espère que ces rencontres seront une invitation à la découverte et à la détente, prétexte à la rencontre, à l’échange et à la discussion. Car ce n’est pas parce qu’on lit en silence qu’on ne peut pas se faire des compagnons de lecture.

Avant l’heure de lecture en silence à proprement parler, il y a une demi-heure qui permet aux gens de s’installer, de faire connaissance. Ce qui est génial, c’est que très rapidement on se tutoie, on a l’impression de se connaître… On commence par parler de ce qu’on lit en ce moment, puis bien souvent, on finit à quelques-uns à boire un verre ou manger un bout et on s’amuse toujours bien. 

Aux indécis qui auraient envie de participer aux rencontres sans savoir quoi y lire, Eloïse recommande trois livres qui ont fait impression sur elle: « Une femme simple et honnête » de Robert Goolrick, « sorte de Jane Eyre au passé trouble qui se retrouve chez un vieux rustre dans le Wisconsin », « L’invention du voyage », recueil de textes et « réflexion prenante sur le fait de voyager » et puis « Les livres prennent soin de vous », de Régine Detambel, dont une citation résume au fond le principe même du Slow Reading Club: « rien ne manque quand je lis, le temps disparaît et je ne dépends de personne pour cela. Les histoires réparent, dans un livre on est toujours chez soi ».

Et les lecteurs du Club seront chez eux ce jeudi 27 septembre dès 17h30 chez Addict Coffee, le 25 octobre dans le cadre insolite de La Commanderie, le 8 novembre dans la piscine baignée de lumière de la Cité Miroir et le 29 novembre à l’Eco Del Nord. Ceux qui ne se contentent pas de lire mais rêveraient un jour d’être lus aussi ne manqueront pas d’apprécier les ateliers d’écriture et de bibliothérapie lancés en parallèle par Eloïse, Le mot qui délivre.

Journaliste pour Le Vif Weekend & Knack Weekend, Kathleen a aussi posé sa plume dans VICE, Le Vif ou encore Wilfried, avec une préférence pour les sujets de société et politique. Mariée avec Clément, co-rédacteur en chef de Boulettes Magazine, elle a fondé avec lui le semestriel SIROP, décliné à Liège et Bruxelles en attendant le reste du pays.