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comédie romantique

Pourquoi je n’aime plus les comédies romantiques

Que les choses soient claires d’emblée : j’adore l’amour.
Bien loin d’être aigrie et cynique, je suis au contraire une incorrigible romantique, et je ne manque pas une occasion d’inonder mon mec de mots et preuves d’amour en tous genres, des fleurs au resto en passant par les déclarations spontanées ou virtuelles. Incorrigible romantique je vous dis.

Les comédies romantiques par contre ? J’ai longtemps adoré, mais aujourd’hui, c’est tout ce que je déteste. Et pourtant, Dieu sait que j’en ai regardé.

D’ailleurs, le jour de mon premier rendez-vous avec Clem, j’ai passé l’aprèm dans le canapé de Jules, à siroter des cocktails en matant Un Amour à New-York.
Une journée à marquer doublement d’une pierre blanche: si j’ai rencontré l’amour de ma vie, j’ai aussi et surtout dit adieu pour toujours à ma passion dévorante pour les comédies romantiques.
Il faut dire que le scénario du film qu’on avait choisi avait tous les ingrédients pour faire déborder une marmite qui bouillonnait depuis déjà pas mal de temps.

Le pitch: John Kusack et Kate Beckinsale se rencontrent à la veille de Noël, tous deux en train de faire des achats pour leur moitié, vite oubliée: un regard, un coup de foudre, et ils décident de s’échanger leur numéro, écrit sur un billet de 5 dollars perdu aussi vite. Et que ce bon vieux John va donc passer tout le film à chercher frénétiquement puisque cette rencontre fortuite lui a permis de déterminer que Kate était la femme de sa vie.
Soit 90 minutes à la gloire de deux lunatiques sacrément déconnectés de la réalité, filmées de manière à encourager les spectateurs à attendre frémissants le dénouement heureux et les retrouvailles entre ces deux héros malheureux, tellement faits l’un pour l’autre.

J’avoue, la première fois que je l’ai vu, je me suis faite avoir. Probablement que, les hormones adolescentes aidant, j’avais même versé une petite larme quand ils avaient enfin été réunis.
Cet été-là, par contre, avec Jules, on a bien ricané.

Si depuis j’ai bien réessayé, j’ai dû me rendre à l’évidence: à l’image d’un bonbon adoré, mangé jusqu’à l’indigestion, aujourd’hui, les comédies romantiques me rendent un peu malade.
Tour d’horizon de leurs clichés insupportables.



* Les amants maudits

Principaux coupables: Un Amour à New-York, A Lot like Love, Friends with Benefits

Le cliché: Sur papier, ils ont tout pour être heureux. D’ailleurs, ils sont fou amoureux. Malheureusement, il leur est impossible d’être ensemble: ils sont déjà mariés / ne parviennent pas à se retrouver / ne sont pas en phase au même moment / … Ce qui est con, vraiment, parce qu’ils sont tellement faits pour être ensemble.

La vérité? Une relation qui commence mal, ça ne fait pas simplement une mauvaise histoire à raconter aux amis, c’est sacrément de  mauvaise augure, aussi.
Par exemple, si ce mec parfait a trompé sa meuf pour sortir avec vous, qui dit que vous ne serez pas la prochaine victime de son infidélité? Et cette fille qui souffle le chaud et le froid et joue à « je veux puis je veux pas », c’est un peu naïf, non, de croire que ça va s’arrêter une fois casée?
Bien sûr, il ne faut jamais dire jamais, et il est possible, parfois, de changer et de gommer certains traits nuisibles de sa personnalité.
Mais ce n’est certainement pas automatique, et ça ne peut pas venir de quelqu’un d’autre, ce qui m’amène à mon deuxième cliché:

 

* La princesse qui transforme le crapaud

 

Principaux coupables: Elle est trop bien, Dirty Dancing, Crazy Stupid Love, 10 Things I Hate about you, …

Le cliché: Le cliché a beau être vu, revu, et complètement éculé, il continue d’être ultra exploité.
Le pitch : une fille bien rencontre un bad boy. Il la trompe quelque fois, la traite comme de la merde, refuse de s’engager, avant de miraculeusement décider dans les 10 dernières minutes du film de devenir un putain de prince charmant, à grand renfort de roses et de déclarations dégoulinantes. Pfiou, pile à temps pour la fin du paquet de pop corn, on a eu chaud !

La vérité?
 Vu à l’aube de l’adolescence, Elle est trop bien s’était immédiatement hissé au panthéon de mes films sirupeux préférés. Il m’aura fallu des années pour comprendre que la plus grande transformation, ce n’est pas celle de Laney, vilain canard devenu cygne (aaaah, le pouvoir d’ôter ses lunettes dans toute rom com qui se respecte… BIM, transformation directe en mannequin Victoria’s Secret), c’était celle de Zach. Fort improbable, au demeurant. Non, un pur connard ne se transforme pas en prince charmant. Je le sais, parce que j’ai eu le malheur de sortir avec l’un d’eux. La seule personne à s’être transformée, pendant la relation, c’est moi : de sociable et enjouée, j’étais devenue éteinte et renfermée. Le pur connard, lui, est resté un salaud immature et infidèle, et le sera pour l’éternité.

* La pote porc

Principaux coupables: Comment se faire larguer en 10 leçons, He’s just not that into you, Gilmore Girls


Le cliché: Dans la vraie vie, cette pote serait un peu répugnante, en fait, à toujours s’empiffrer. Sur l’écran, elle arbore sa gloutonnerie comme un témoignage de sa coolitude (mais si, regardez comme je suis coooool, je mange comme un mec, youyou!) et en plus : merveille, elle s’enquille le gras et la charcuterie en rentrant encore dans son 34 fillette. Oui, Kate Hudson, c’est toi que je regarde avec ton personnage perpétuel de skinny glutton.

La vérité?
 Surprise, surprise : on est ce que l’on mange. Et disons donc, poliment, que si on bâfre comme un cochon en pleine croissance… On ne rentre pas dans du 34. Ni du 36, d’ailleurs.

 

* L’infidélité incompressible

Principaux coupables: Un amour à New-York, You’ve got mail, Coup de Foudre à Notting Hill


Le cliché: Homme rencontre femme. Homme et femme tombent instantanément, irrévocablement, infiniment amoureux. Problème : ils ont déjà chacun un amoureux qui les attend à la maison.
Solution : l’amoureux en question est super chiant et borné, et si c’est une meuf, on rajoute un peu de cliché et on en fait un glaçon carriériste et sans coeur. Après des infidélités plus ou moins affirmées pendant tout le film, nos deux amoureux maudits finissent enfin ensemble. Et tout le monde sort du cinéma super content, parce que rien ne peut se mettre en travers de l’amoûûûûûûûûr.

La vérité?
 Certes, un coup de foudre, par définition, ça ne se contrôle pas. L’infidélité, par contre, c’est tout sauf un impératif, même en cas d’amoureuse glaçon et carriériste. Bien sûr, si les héros de rom com étaient réglo, les films ne dureraient que 10 minutes : rencontre – discussion honnête avec le partenaire actuel – bisou qui scelle la promesse d’un amour éternel avec le nouveau prétendant.
Au moins, ce seraient dix minutes vraiment justes et loyales. Ah !



* La fin heureuse

Principaux coupables: toutes les comédies romantiques du monde entier de l’histoire entière des comédies romantiques dans tout l’univers. 

Le cliché: Est-ce un héritage des contes de princesse et de chevalier ? Toujours est-il que les comédies romantiques n’échappent jamais, à quelques exceptions près, au happy end éculé. Happy end qui se manifeste, toujours, par la déclaration du mec, et le soupir de soulagement collectif de la meuf à l’écran et des spectateurs du film : olala, quelle chance elle a, ils vont vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants, toussa.

La vérité?
 Mon mec, c’est mon pour toujours, mon infini, ma moitié. Je l’aime, je le chéris, et il remplit ma vie de bonheur. Autres choses qui remplissent ma vie de bonheur : ma famille, mon frère chéri, mon chien adoré, mon boulot prenant mais passionnant. Parce que non, ma vie ne s’est pas arrêtée, coincée dans un nuage moelleux de barbe à papa pour l’éternité, quand j’ai rencontré mon amoureux. Nous, on préfère vivre plein d’aventures ! 

( et parfois, aussi, regarder une bonne vieille rom com pelotonnés dans le canapé. Parce que non, cynisme ou pas, JAMAIS je ne renierai la Ste-Trinité : 30 ans sinon rien / La Boum / Love Actually. Voilà, c’est dit ). 

 

Chargée de la rubrique "La Semaine" du Vif Weekend, Kathleen prête également sa plume à Flair, VICE, Le Vif ou encore Wilfried, avec une préférence pour les sujets de société et politiques. Mariée avec Clément, co-rédacteur en chef de Boulettes Magazine, elle a fondé avec lui le semestriel SIROP, décliné à Liège et Bruxelles en attendant le reste du pays.