Festin chinois au Restaurant Yan, la table chic qui manquait en Hesbaye
C’est sur la route de Bruxelles, entre une vitrine au néon rose et notre supermarché italien préféré, qu’a ouvert le Restaurant Yan au printemps dernier. Une table derrière laquelle se cache un duo bien connu des amateurs de saveurs asiatiques du cru. Le couple à l’origine du restaurant (Monsieur en cuisine et Madame en salle) n’est autre que celui qui a longtemps tenu la Fontaine de Jade toute proche – aujourd’hui aux mains du petit frère du chef. Qui laisse ici libre cours à sa créativité. Et ose annoncer « le début d’une nouvelle ère gastronomique ».
À peine arrivés, la pluie annoncée depuis le début de la journée déferle, faisant retentir sur le toit vitré un martèlement de gouttes qui n’est pas sans rappeler les nuits d’Asie – la moiteur de Pékin en moins. Installé depuis mai 2026 dans ce qui était jadis une cantine libanaise, le Restaurant Yan a vu grand. Niveau espace, mais aussi, décoration de celui-ci.
Le Chef Yan (dont le nom, qu’il a donné à son resto, signifie aussi « festin ») et son épouse Madame Jin ont ainsi fait appel à une architecte renommé originaire de Shenzhen. Un choix du coeur, plutôt que de la facilité. Il leur aura fallu patienter un an avant qu’il ne puisse se déplacer sur place. Et deux ans de plus avant que les travaux ne soient terminés.
Une proposition qui plaît
Le résultat ? Une adresse où chaque détail est travaillé. Et dont le mélange d’influences asiatiques, pierres lustrées et dorures n’est pas sans rappeler la Malaisie, et son mariage harmonieux des cultures musulmanes et chinoises.

On a beau être sur une grand route plutôt connue pour ses tables conviviales que sa gastronomie, le Restaurant Yan fait le pari de l’opulence. Les inserts verts du sol en marbre font écho au turquoise des paravents chamarrés qui séparent la salle à manger. Dans les toilettes, on retrouve les très chics produits Marie-Stella-Maris.
Un souci du détail qui n’est pas synonyme d’espace aseptisé, loin de là. Lors de notre venue, les deux fillettes des patrons colorient sagement à une table près du comptoir à l’entrée. Alors qu’on est
a) un soir de semaine
b) pluvieux qui plus est et
c) en tout début de service, parce qu’on a choisi de manger comme les poules pour cause de visite préalable en maison de repos, le resto, pourtant spacieux, est suffisamment rempli pour que le bruissement des conversations se mêle au tambourin de la pluie.
Et dès l’arrivée de la mise en bouche, on comprend le pourquoi du comment de cet engouement.
À croquer
Car oui, une mise en bouche nous attend. Mais d’abord, une tradition qui se perd, et c’est dommage : une portion de kroepoek arrive à table. Parfait pour faire travailler nos mâchoires en parcourant la généreuse carte des vins.
Provence, Bordeaux, Loire, Rhône, Bourgogne… Le Restaurant Yan propose une enivrante balade dans l’Hexagone, avec en prime une « sélection du sommelier » qui s’autorise quelques excursions en Italie et en Allemagne.

La mise en bouche ? Un duo joliment présenté de toast croustillant à la volaille et rouleau de printemps au surimi. On ne savait pas à quoi s’attendre avec ce dernier, mais il s’avère aussi frais que texturellement plaisant. Quant à la variante volaille du traditionnel toast à la crevette, crémeuse et umami, elle nous manque à peine la dernière bouchée avalée.

Voilà une bien prometteuse entrée en la matière.
Et c’est tant mieux, car les entrées, elles, se font légèrement attendre. On pourrait bouder, si on ne savait que c’est là le revers souvent nécessaire de la médaille. « Comme avec toutes les cuisines de la fraîcheur et de l’instant, il faut savoir se montrer patient » note mon compagnon de vie et de table, visiblement d’humeur punchline. Pas mieux dit.
Surtout pas par quatre
Et puis on met aussi cette attente à profit.
Navrés de ne pas pouvoir, comme à Londres ou à Berlin, choisir gaiement parmi pléthore de restaurants dédiés aux dim sum, on s’interroge. Pourquoi diable ces irrésistibles nuages gustatifs sont-ils todi servis par trois, ce qui est bien peu pratique en tête-à-tête ? « Pour nous forcer à en commander deux portions pour avoir un nombre pair » avance mon date, toujours lui, désormais d’humeur cynique.
Mais le fait est qu’il n’a pas tout à fait tort, le bougre. Le repas yum cha, où l’on déguste thé et dim sum, se prend traditionnellement à plusieurs. Servir trois pièces incite donc les convives à commander une plus grande variété de paniers pour goûter à tout. Pourquoi trois pièces plutôt que quatre ou cinq ? Parce que dans la culture chinoise, le chiffre quatre est évité. Sa prononciation en mandarin et en cantonais est en effet presque identique à celle du mot « mort ». Servir les bouchées vapeur par quatre serait donc de très mauvaise augure.
À l’inverse, le chiffre trois est un chiffre chanceux, associé à la vie, au renouveau et à l’harmonie. Et représentant le triptyque : le Ciel, la Terre et l’Humanité. Plus pragmatiquement, trois bouchées s’emboîtent parfaitement dans le panier vapeur sans coller, ce qui garantit une cuisson harmonieuse.
Et voyez-vous ça : le temps de s’instruire, nos entrées arrivent à table. Trois variations autour du dim sum, et une portion de caille croustillante, « entrée signature » qui rappellera de bons souvenirs aux habitués de la Fontaine de Jade.
Rallumer le feu
Alors, l’attente en valait-elle la peine ? Visuellement, d’abord, c’est très réussi. Les présentations sont soignées, les garnitures aussi : on sent que le souci du détail est présent également en cuisine. Les Xia Long Pao, ou soup dumplings pour les intimes, sont servis garnis d’oeufs de poisson, comme au QG du Roi Charles à Londres.

En accord avec le parti pris gastronomique du Chef Yan, le bouillon, lui, évoque plus les saveurs automnales de la haute cuisine française que les épices chinoises.
C’est très bon, mais c’est aussi… dommage ? Pareil pour les ravioles Sichuan, pourtant extrêmement appétissantes. Si on comprend la nécessité d’adapter le niveau de brûlant au plus grand nombre de palais, les amateurs de piquant que nous sommes restent sur leur faim. Elles sont en effet délicatement épicées plutôt que vraiment relevées, et le célèbre poivre qui endort la langue est très (trop) discret.
Ma caille !
Carton plein pour les Xiu Mai, par contre, les plus dodus qu’il nous ait jamais été donné de manger. Rehaussés de poisson séché en garniture, rebondis et juteux, ils sont tout simplement parfaits. Parfaitement cuits, aussi, bref : une proposition qu’on espère voir revenir au gré des changements saisonniers de la carte.

Quant à la caille, dont une version figurait déjà au resto précédent des patrons, elle est sublime. Délicatement parfumée, parfaitement rôtie et accompagnée d’une sauce cacahuète hautement addictive : cette « entrée signature » est plus que réussie. Et justifie à elle seule la présence d’une serviette vapeur à table. Ce volatile croustillant peut se manger proprement, ou avec enthousiasme, et on a clairement choisi notre camp.
Le choix d’une certaine authenticité
Si les entrées se sont fait attendre, les plats, eux, suivent. Et on s’en réjouit, car ils ne lésinent pas sur la gourmandise.
Egalement ornée d’une petite toque symbole de « plat signature », la cocotte de riz a piqué notre curiosité. Porc laqué, mei kuei lu et champignons des bois sont mélangés à même la cocotte par Madame Jin à table. L’occasion de lui poser quelques questions sur ce plat « tellement populaire à Canton que des restaurants entiers y sont dédiés », dixit notre hôte.

Tiens, tant qu’elle est là, on ne résiste pas : pourquoi n’y a-t-il pas de potages à la carte ? « Parce que nous avons voulu limiter les propositions et jouer la carte de l’authenticité. La crème de nid d’hirondelles n’existe pas en Chine, et si c’est pour servir un potage pékinois, on en trouve déjà suffisamment de variantes à Liège. Chez nous, la soupe est consommée de manière médicinale, marinée pendant des dizaines d’heures avec des herbes. C’est un goût auquel les palais européens ne sont pas habitués » pointe-t-elle. Une faille gustative à laquelle ils pourraient remédier ? On y reviendra.
Caramel canaille
Mais d’abord : les plats. La cocotte de riz, gourmande, réconfortante et parfumée, est un franc succès.
Pourtant, un autre plat parvient à lui faire de l’ombre. Version adulte et sexy des beignets aigre-doux du début des années 2000, le porc caramélisé est une canaille, conscient de ses charmes, et paré de perles de grenade comme pour mieux les souligner. Un régal dont on sauce sans vergogne l’assiette avec le riz blanc qui l’accompagne.

Un monticule fragrant et gluant qui rappelle si besoin en est que les infâmes sachets cuits n’importe comment dans l’eau bouillante devraient être interdits par la loi.
Mention également aux légumes sautés au wok, qui méritent d’accompagner chaque plat que vous choisirez.Beijing calling
Bref : on s’est régalés. Bien sûr, Restaurant Yan n’a que quelques mois, donc logiquement, il fait encore un peu ses dents. L’éclairage gagnerait à être tamisé, le flux de l’arrivée des plats à table, à être revu, et quid des bouteilles d’eau, proposées seulement en format 50cl ? On pinaille, certes, mais il reste des ajustements à faire. Ce qui n’empêche pas l’adresse d’être déjà à croquer.

Seul regret, vu le talent du chef ? « En françisant la cuisine chinoise, il ne s’agirait pas d’oublier tout ce qu’elle a de meilleur que la cuisine française », dixit Monsieur Punchlines. Embourg a le Bonheur Simple, la Basse-Meuse, le Shangri-La, la rive droite, Hua Mei, et la Hesbaye a désormais droit elle aussi à sa table asiatique raffinée.
Reste que le meilleur repas chinois qu’on ait jamais mangé à Liège est celui préparé par Liankang Ji et son épouse Xueling, du Bonheur Simple, qui nous ont invités un soir à manger un « repas authentique » en dehors des heures de service du restaurant. C’était surprenant, savoureux, épicé, généreux, et on en rêve encore plusieurs années après.
Quelque chose nous dit que si le couple à la tête du Restaurant Yan proposait pareil, pourquoi pas sous forme de soirées épisodiques, ce serait un carton plein tant le Chef Yan est doué. Certes, ces saveurs ne sont peut-être pas pour tous les palais. Mais pour ceux qui en raffolent, ce serait royal…
Restaurant Yan
Rue de Bruxelles 79, 4340 Awans – Fermé le mardi toute la journée ainsi que le mercredi et le samedi midi – Réservations au 04.286.69.66 – Le site internet de chez Yan
Encore faim ?
- Le Thaï le plus authentique de Liège… est à Maas
- Ce resto chinois a les faveurs des chefs liégeois
- Un célèbre restaurant du Sichuan ouvre à Liège

