Boulettes Magazine

Le magazine gourmand de découvertes
TOP
équipe de foot féminine

À Liège, le football amateur féminin gagne du terrain

La troisième saison de la Belgian Bright Football League bat son plein dans la Principauté. Avec pas moins de douze équipes dans son championnat, la ligue de football amateur féminin connait en effet un succès grandissant en Cité ardente. Analyse d’un phénomène qui séduit les sportives (ou pas) liégeoises.

La Belgian Bright Football League a rallié ses premières joueuses en 2013 à Bruxelles. Dès les premiers mois, l’engouement était grand. La preuve: aujourd’hui, le championnat Bruxellois compte plus de soixante équipes, et par effet de contagion, le mouvement s’est développé à Liège dès 2021. En Principauté, on dénombre ainsi pas moins de 12 équipes, un chiffre qui trahit de la popularité croissante du sport chez les joueuses, mais aussi, de son approche irrésistiblement festive dans le 4000.

Le but? Rendre le football accessible à toutes

Play for fun. C’est le slogan de la BBFL. La ligue a été créée en 2012 avec pour objectif de proposer aux filles un accès simplifié au football. Bon nombre d’entre elles refusent en effet de commencer un sport à l’âge adulte en n’ayant jamais pratiqué. La BBFL souhaite lever cet obstacle explique Célia Nève, qui travaille pour la ligue et joue en équipe depuis sa mise en place dans la capitale. « On a peur de débarquer dans un club et de se retrouver avec des filles qui ont déjà un certain niveau. Dans les ligues officielles, il y aussi souvent des contraintes de planning avec des entrainements en semaine et des matchs les week-ends. L’idée était de créer une ligue plus détendue ».

La BBFL fonctionne donc avec des règles propres afin rendre la pratique plus flexible : « les matchs se jouent toujours le soir, en semaine. Ils durent 70 minutes au lieu de 90 minutes. L’arbitrage aussi est adapté. C’est assez simple de monter sur le terrain. On ne va pas vérifier systématiquement les cartes d’identité etc. » pointe Célia.

Pour rentrer dans le championnat aussi, la recette est simplifiée. Il suffit de 20 joueuses motivées (peu importe leurs niveaux) et de quelques clics sur le site la BBFL. C’est ce qu’a fait Sacha Decoux, joueuse chez les Apicolettes (Esneux) depuis bientôt 3 ans. « Je ne jouais pas du tout au football avant, je faisais de la natation, raconte-t-elle. Avec un groupe de copines on a été voir un match de la BBFL et on a trouvé ça trop chouette. On a créé un groupe avec des filles qui venaient d’un peu partout. On partait toutes de zéro. On a dû trouver un coach dans nos connaissances et aussi un terrain. Le FC Apicole nous a accueilli à Esneux. Tout ça s’est passé en deux semaines ».

 

View this post on Instagram

 

A post shared by Fc Apicolettes (@fcapicolettes)

Nora Benghalem, capitaine des Alligatorchées (Tilff), était elle aussi une novice. Rapidement, son équipe est rentrée dans la compétition : « Au début, on jouait juste pour le fun. On avait plaisir à jouer pour nos supporters. Au fil des entrainements, c’est devenu de plus en plus sérieux. On a commencé à envisager notre équipe comme une vraie équipe en compétition et plus comme un passe-temps. On s’est prises au jeu ».

Si de nombreuses joueuses apprennent les bases du sport en rejoignant une équipe, d’autres trouvent dans la BBFL le compromis idéal pour continuer à évoluer dans le sport, mais dans une ambiance plus décontractée. Céline Voyeux est la capitaine des Rhinoféroces (Tilleur). Elle a commencé le football à l’âge de 5 ans, « avec les garçons. À 16 ans, je suis passée dans une équipe féminine. Je suis allée à Tongres, où j’ai joué en D1 jusqu’à mes 21 ans. J’ai décidé d’arrêter d’évoluer à ce niveau parce que cela me prenait trop de temps. J’avais quatre entrainements par semaine et un match ».

Après la crise du COVID, elle a rejoint l’équipe des Rhinoféroces grâce à des connaissances. Elle voulait continuer à jouer au football mais plus à un tel niveau. « Avec la BBFL, j’ai trouvé un équilibre. Je me suis retrouvée avec des filles qui n’avaient jamais joué mais l’ambiance et l’esprit d’équipe me convenait beaucoup mieux. En D1, on n’avait pas droit à l’erreur. Aujourd’hui, quand j’arrive en match, je suis détendue. Si on perd, ce n’est pas grave » déclare-t-elle.

 

View this post on Instagram

 

A post shared by FC Rhinoféroces (@fc_rhinoferoces)

La BBFL a permis à la gente féminine de se réapproprier le football, d’une certaine manière. C’est en tout cas l’avis de Nora, pour qui les joueuses « ont toujours été exclues des espaces où les garçons jouaient au football dans les cours de récréation. La BBFL a été une porte d’entrée pour se lancer dans l’aventure et montrer ce qu’on valait sur le terrain tout en passant du bon temps avec nos copines ».

« La pression, on ne la subit pas, on la boit »

La cohésion d’équipe se passe sur le terrain, dans les vestiaires mais aussi (et surtout) à la buvette. La troisième mi-temps est souvent perçue par les joueuses comme une récompense. Elle fait partie intégrante de la pratique du football chez les filles en région liégeoise, comme l’explique Sacha Decoux. « Au début, on était dans la compétition à fond. Plus les années avancent et plus on joue pour le fun. On est sérieuses aux entrainements et aux matchs, mais on ne se met pas de pression. Honnêtement, on est plus là pour la troisième mi-temps que pour les deux premières ».


Échanges, discussions, détente, potins, la troisième mi-temps permet aux équipes de décompresser après le match et de faire des rencontres. Pour la capitaine des Alligatorchées, c’est aussi un moyen de casser les codes : « Mes potes garçons sont toujours étonnés de voir à quel point les filles peuvent aussi faire la fête dans les buvettes ».

La BBFL transforme la pratique du football en un moment de partage plus que de sport : « la troisième mi-temps fait partie du football. Ça fait partie d’un tout. Au final, le match c’est un peu comme une excuse pour se donner le droit de faire la fête par la suite » explique Céline.

Mais tout n’est pas que buts et buvette. La BBFL soutient également l’émancipation de jeunes filles en Inde, en finançant un programme qui allie des entrainements de football féminin et une formation pour devenir infirmière en ophtalmologie. « Au départ, il y avait une centaine de filles. Aujourd’hui, elles sont plus de 400 à avoir rejoint le programme grâce à l’implication de la ligue » s’enthousiasme Célia.

Comment ça marche ? Pour chaque but marqué, la BBFL verse 3 euros dans la cagnotte Play Beyond qui soutient le projet. Le montant total investi prend aussi en compte l’argent récolté par les équipes de leur côté lors de buvettes ou lors de la réalisation de challenge sportif. Sur la saison 2022-2023, plus de 18.500€ ont été récoltés.

Marquer aussi sur les réseaux

Plus de visibilité sur les réseaux signifie plus de supporters et donc plus de fonds récoltés. Les équipes de la BBFL accordent donc une importance primordiale à l’image qu’elles renvoient sur les réseaux sociaux. Photos, débriefings de match, challenges, toutes les raisons sont bonnes pour poster et proposer une communication léchée. Chez les Apicolettes, il y a une équipe dans l’équipe, dédiée à la communication : « On fait des petites réunions. On réfléchit à ce qu’on va mettre en avant et comment. On fait beaucoup de photos. On essaye d’être présentes pour ramener des supporters et par extension, des sous pour le club et la BBFL » détaille Sacha.

 

View this post on Instagram

 

A post shared by Fc Apicolettes (@fcapicolettes)

C’est presque une compétition parallèle sur les réseaux sociaux explique Céline : « il existe une plume d’or qui est remise par la BBFL à l’équipe qui réalise les meilleurs commentaires de match. C’est parfois l’occasion de tacler une autre équipe pour rigoler. C’est toujours dans la bienveillance, évidemment ».

 

View this post on Instagram

 

A post shared by FC Rhinoféroces (@fc_rhinoferoces)


Les joueuses que nous avons rencontrées l’avouent, adhérer à la BBFL a changé leur quotidien. Avec un nouveau cercle d’amies, de nouveaux objectifs sportifs et un soutien sans faille des supporters, elles n’envisagent plus leur vie sans le football. « On a créé de très beaux liens. On se voit souvent en dehors des entrainements. Si on m’avait dit ça il y a quelques années, je n’y aurais pas cru. Je ne me vois plus sans les Apicolettes » s’émeut Sacha Decoux.

Céline se souvient quant à elle d’un moment qui a marqué son parcours : « le meilleur souvenir que j’ai ne concerne même pas le football à proprement parler. C’était quand nous avions décidé d’organiser un team building à Madrid. On était 25 à avoir fait le déplacement pour aller rejoindre un de nos coachs là-bas. On a une vraie cohésion d’équipe ».

Le football a eu un impact énorme sur la confiance de Nora : « Ca a changé ma vie. Je n’avais jamais fait de sport d’équipe, et en me lançant, j’ai découvert la sororité. J’adore montrer que j’ai beau être une fille, je peux tout faire. Je suis entourée de garçons dans mon métier. Avec le football, je m’assume plus facilement. Je ne me pose plus la question de ma légitimé ».

Et si vous avez envie de pouvoir dire comme elle, sachez que la BBFL organise des Play OFF le 20 avril au Stade du Bonnet à Tilleur!

Lire aussi: 
– Chausser ses patins avec le Roller Derby liégeois
– Re-Belle, la salle de sport 100% féminine d’une Miss Belgique liégeoise

Journaliste pour une télévision locale namuroise, Fiorine sort sa plume du placard pour Boulettes Magazine. Fraîchement installée dans la Cité ardente et animée par tout ce qui se mange, se danse, se porte et s'admire, elle souhaite apporter un regard différent sur le 4000.