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FEDASIL Rocourt Unsplash Antoine Merour

Rocourt: la réponse d’une habitante aux critiques du centre FEDASIL

Bientôt abandonnée de son personnel médical, la clinique Saint-Vincent, à Rocourt, va accueillir provisoirement 280 réfugiés demandeurs d’asile. Une jolie reconversion pour un bâtiment dédié au soin durant toute son histoire, sauf que tout le monde ne le voit pas de cet oeil là. Alors que les remarques racistes se multiplient en ligne, Fabienne Lorant, une habitante de Rocourt, a offert aux rageux une réponse tout en justesse. 

« Rocourt, qui se sent toujours village aux portes de la Ville. Rocourt, nostalgique de sa verdoyance. Rocourt, orphelin de son fabuleux vélodrome (de foot) et, à présent de sa maternité où sont nés au moins la moitié des Liégeois -et non des moindres » commence-t’elle sa lettre ouverte, intitulée « Bienvenue à l’asile », où elle note les contrastes qui font la richesse de la commune. Car s’il s’agit d’une « banlieue dortoir semi-bourgeoise », elle est aussi coincée entre la prison de Lantin et le centre fermé de Vottem, sans oublier les avions, « qui à l’atterrissage semblent frôler le sommet des peupliers ». Alors même que la polémique autour des Ardentes n’en finit pas d’enfler, cette fois, c’est l’arrivée de ces 280 réfugiés qui provoque la colère de certains habitants, dont Fabienne Lorant se moque gentiment.

« Peut-être que l’indigène n’aime pas qu’on dérange ses habitudes, peut-être est-il craintif : le problème, c’est qu’il se sent dérangé tout le temps, qu’il a peur de n’importe quoi, et qu’il râle sous n’importe quel prétexte. Il faut croire qu’il aime bien ça, râler, au point qu’on penserait que c’est le sport local favori, bien avant le foot »

Et de souligner que « quand on vit sur les hauteurs de Liège, on sait ce qu’est grimper et, ici, c’est vite l’escalade verbale : gerbes de haine, petits cacas nerveux d’ignorance et logorrhée raciste dégoulinent sur la page communautaire Tu es un vrai Rocourtois si…, heureusement contrées par les administrateurs, comme par d’autres Rocourtois qui estiment légitime et opportun de venir en aide à leurs semblables, et qui sont écoeurés par la bêtise féroce de ceux qui se disent envahis ».

« Ces derniers, qui aboient, ce sont les dérangés-par-nature, des râleurs historiques et professionnels : ils se sont plaints de l’installation des centres commerciaux, puis de l’arrivée de nouveaux résidents, puis de la densité de la circulation, puis des Ardentes, puis de l’accueil que chaque pays -et, de ce fait chaque localité – est tenu d’offrir aux réfugiés. Et puis, ce sera quoi, dans le collimateur des râleurs? On s’en prendra aux promeneurs de chiens ? Aux cultivateurs de courgettes maison ? »

Sans oublier, selon Fabienne, que « ceux qui aboient sont aussi les citoyens qui pataugent dans la méconnaissance des faits : « Ils sont comme dans un hôtel à nos frais et ils viennent occuper NOS emplois, alors que NOS jeunes n’en trouvent pas ».

« Quelle ânerie! Comme si on entreprenait la traversée de deux continents en ayant rien dans la culotte, rien la cervelle et rien dans les poches »

« Où est notre intérêt à fermer la porte à des femmes qui revendiquent de pouvoir travailler librement, d’être les égales des mâles, pourquoi fermer la porte à des hommes plus convaincus que nous le sommes du prix de la liberté ? » demande encore Fabienne, dans une lettre ouverte pleine de justesse dont on espère qu’elle trouvera l’écho nécessaire. Parce que « critiquer les droits élémentaires et l’égalité des humains, c’est s’exposer à s’en retrouver, un jour, privé ».

Photo de couverture: Unsplash / Antoine Merour

Journaliste politique, lifestyle et société pour Flair Belgique, Kathleen écrit également pour Le Vif, Le Vif Weekend, VICE ou encore Wilfried, et partage sa vie ainsi que la gestion de Boulettes Magazine avec Clem, son fiancé et co-rédacteur en chef. Passionnée de lecture et d'écriture depuis son plus jeune âge, cette Liégeoise au tempérament voyageur a fondé Boulettes Magazine en 2015 avec sa meilleure amie, Juliette Salme.