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académie des beaux-arts Unsplash

Viols d’étudiantes de l’Académie des Beaux-Arts: l’accusé acquitté, une artiste le condamne

Un Sérésien de 50 ans vient d’être acquitté de faits de viol et d’attentat à la pudeur par le tribunal correctionnel, alors même qu’il avait déjà été condamné par défaut. Il était accusé d’avoir violé des élèves de l’Académie des Beaux-Arts, et suspecté d’avoir opéré par la ruse. Aujourd’hui, il est blanchi, et une artiste liégeoise s’insurge. 

« Un habitant de Seraing âgé de 50 ans a été acquitté mercredi par le tribunal correctionnel de Liège de faits de viol et d’attentat à la pudeur commis sur des élèves de l’académie des Beaux-Arts. Le prévenu, qui avait initialement été condamné par défaut, était suspecté d’avoir opéré par ruse. Mais le tribunal l’a acquitté au bénéfice d’un doute relatif au consentement des victimes ». C’est en ces mots que 7sur7 relaie l’info, envoyée par dépêche Belga aux rédactions belges, et la nouvelle semble dater d’une autre époque. Sauf que non, en Belgique, en 2020, on peut encore être acquitté de viol présumé en raison d’un doute relatif au consentement des victimes. Une décision qui n’enrage personne plus qu’une artiste liégeoise, ancienne employée de l’Académie des Beaux-Arts, qui a communiqué sa colère et son incompréhension.

« C’est quoi le consentement, quand on est ivre, seule, chez un prédateur sexuel récidiviste de 20 ans de plus que soi ? Qu’est-ce qu’elles portaient, ne se sont-elles pas débattues ? Et pourquoi étaient-elles là ? C’est quoi le consentement quand on est sobre, nue, habillée ? Quand il est plus jeune, plus vieux ? Quand on est chez un inconnu ou dans notre propre lit ? »

D’autant que l’homme, sculpteur de son état, n’en était visiblement pas à son coup d’essai, et que ses sombres desseins auraient été un secret de Polichinelle dans les couloirs de l’Aca, où il suivait des cours du soir.

Fiché par les étudiantes de l’Académie des Beaux-Arts

« Il agresse des filles sous nos yeux depuis des années, il m’a à moi, mes amies, des collègues, des inconnues fait des invitations, des remarques, des propositions. Il en a agressé certaines. Il vous mettait mal à l’aise, vous en parliez, toutes et tous, on savait, et on était beaucoup à parler » dénonce encore l’ancienne employée, qui affirme elle-même avoir fait les frais de ses avances.

« J’ai travaillé 7 ans à l’Académie et depuis 7 ans j’entends et vomis les agissements de cette ordure, comme tout le monde. La justice, après des dizaines d’alertes à son encontre a eu l’occasion d’entendre deux de ses victimes, après qu’il soit trop tard, bien trop tard, et a décidé d’ignorer, encore »

Et de s’interroger: « Jusqu’où les agresseurs peuvent-ils aller ? Combien d’autres croisez-vous tous les jours ? »

« En fait, ce n’est pas suffisant de dire non, pour être violée, selon la justice »

« Elle, l’Etat, le silence sont complices de la culpabilisation des victimes, de leur nombre grandissant, de la honte qu’elles éprouvent à l’heure ou il est plus important de consacrer son temps à condamner des activistes qui rappellent que le violeur, le coupable, ce n’est pas nous, ce sont eux ». Du côté de l’Académie des Beaux-Arts, on tient à préciser que l’individu n’y a jamais donné cours.

Déjà accusé publiquement en 2013

En marge des accusations portées en justice contre lui par des étudiantes, l’individu avait déjà fait l’objet d’une dénonciation publique titrée « Pervers du matin, chagrin » et rédigée par Chrystelle Charlier, la blogueuse à l’origine d’Imparfaites. Dans son article, elle relatait avoir été rencardée par une copine auprès d’un homme « beau et brillant », et avoir quitté le rendez-vous mal à l’aise sans trop savoir pourquoi, jusqu’à ce que l’homme lui demande d’uriner sur une de ses sculptures pour la « marquer », avant de s’offusquer de son refus et de lui envoyer successivement une photo de son anus et de sa verge. Mais peut-être y-avait-il là aussi un « doute relatif » au consentement de Chrystelle quant à l’envoi de ces clichés?

L’incompréhension des victimes

De leur côté, les jeunes femmes qui accusent l’homme de les avoir violées se sentent abandonnées. Ainsi que le relate l’une d’entre elles, « quelque chose d’incompréhensible, d’inacceptable c’est produit ».

« Nous étions deux victimes à attendre la lecture d’un jugement, jugement pour lequel nous nous sommes battues durant prêt d’une année entière au tribunal, à tenir bon, pour obtenir justice, malgré une torture émotionnelle indescriptible »

Et d’expliquer qu’ils ont « démarré la lecture en parlant de la similitude des récits, du mode opératoire que l’accusé met en place, de ses manipulations pour amener les jeunes femmes chez lui. De sa façon de jouer de son statut et de ses contacts pour intimider ou donner un sentiment de confiance. De son stratège de pousser à boire et de refuser de les ramener en prétextant un état d’ébriété et de fatigue. De sa façon de rassurer constamment sa victime sur le fait qu’il ne tenterait rien etc… »

« Selon eux, les actes ne sont pas contestés MAIS il est impossible de prouver notre absence de consentement et ce, apparemment, malgré la tonne de preuves. Selon eux, la situation laisse supposer que nous étions consentantes et que nous avons simplement changé d’avis et décidé de vivre cela comme des agressions/viols »

« Sur ce, ils ont annoncé un acquittement total ». Et d’ajouter que selon l’interprétation du tribunal correctionnel, un état de sidération chez la victime, « même si vous dites non et que vous vous débattez », constitue un consentement. « Ca n’a aucun sens ».

Photo de couverture : Unsplash / Fotografierende

Passionnée de lecture et d'écriture depuis son plus jeune âge, cette Liégeoise au tempérament voyageur a fondé Boulettes Magazine en 2015 avec Juliette Salme. Journaliste politique, lifestyle et société pour Flair Belgique et Le Vif, Kath partage sa vie et la gestion de Boulettes avec Clem.