Rencontre avec une comportementaliste féline qui fait aussi du catsitting
Si multiplier les casquettes est une des caractéristiques des travailleurs modernes, tous n’ont pas un projet annexe aussi charmant que Sherilyn Baltus. Avec Feeling Félin, la jeune trentenaire concilie en effet travail administratif et passion pour les chats, dont elle a appris à décoder les moindres comportements. Et à les traduire pour des maîtres auxquels elle propose une série de services au poil, entre comportementaliste féline et catsitteuse.
Tenue monochromone noire, frange impeccablement taillée rehaussée d’une mèche verte, cat eye (what else ?) au trait d’eyeliner précis et Vans à plateformes : Sherilyn, c’est un peu cette meuf cool et arty de ton adolescence qui aurait grandi. Et serait devenue ce faisant la femme qui murmurait à l’oreille des chats. Enfin, « comportementaliste féline », qu’on dit.
Voix douce, sourire facile, elle discourt avec la volubilité des passionnés sur ce projet qu’elle développe en parallèle de son métier de bureau tout ce qu’il y a de plus traditionnel. Les traits fins, menue, elle aurait presque quelque chose d’elfique si on versait dans les comparaisons faciles.

Ce qui est certain, en tout cas, c’est qu’une forme de magie opère. Dès son arrivée, le félin de la maison semble attiré par elle comme un aimant. Et elle prend un plaisir tangible à faire connaissance avec cette drôle de petite panthère, entrecoupant notre discussion d’interactions adorables avec notre Sphynx. Normal, nous direz-vous, pour quelqu’un dont l’activité complémentaire s’appelle « Feeling Félin ».
Mais comment en est-elle arrivée là ?
En Crète de sens
« À la base, mon parcours n’a rien à voir avec les animaux » rit-elle. Même si, d’aussi loin qu’elle s’en rappelle, il y a toujours eu des animaux chez elle. Des chiens et des chats, « que j’adore tous les deux, mais j’ai toujours eu un meilleur feeling avec les chats ».
Au sortir de la joyeuse arche de Noé parentale, elle entame des études de photo, switche vers la communication et commence à bosser dans le milieu culturel… Avant de se retrouver dans les bureaux du géant H&M, à Maastricht. Un métier qui l’épanouit jusqu’à ce qu’il ne se limite plus qu’à une série de chiffres. Aujourd’hui admin officer pour l’Awex, Sherilyn concilie depuis quelques mois travail de bureau et activité de comportementaliste féline.
Et c’est en partie grâce aux adorables bribeux touffus de Crète, aussi avides de miettes tombées du repas que de caresses.
D’adoptante à adoptée
Une île explorée en 2020, et un voyage qui a « changé sa vie ». Sur place, les chats errants à l’air pas toujours bien vaillant la « touchent énormément ». Elle et son compagnon envisagent même d’en ramener un à la maison, mais les démarches sont complexes. Qu’à cela ne tienne : de retour en Belgique, Sherilyn se documente sur les organismes d’aide et d’adoption existants. Des recherches qui la mènent à l’ASBL Yes We Cat, où elle adopte un chat.
Puis de fil en aiguille, ou plutôt, à force de conversations enthousiastes sur le forum réservé aux adoptants, elle commence à s’impliquer dans l’ASBL. Jusqu’à prendre en charge la gestion de sa page Instagram, et devenir famille d’accueil au passage. Une « source énorme de savoir et d’apprentissage sur les chats » assure-t-elle.

Et une évidence pour la jeune trentenaire. Qui, réalisant à quel point son engagement l’épanouit, se lance à nouveau dans des recherches. Sur les métiers autres que vétérinaire qui permettent de travailler au contact des animaux, cette fois. « C’est comme ça que j’ai découvert le métier de comportementaliste féline ».
Patte blanche
Formée chez Julie Willems, dont l’Animal Behaviour Center fait figure d’autorité dans le Royaume, elle jongle avec théorie et pratique durant plusieurs mois. Jusqu’à concrétiser son projet, Feeling Félin. Une activité qu’elle développe à son compte, mais aussi, gracieusement, au sein de l’ASBL Yes We Cat. « Parce que des problèmes de comportement peuvent se manifester suite au changement de lieu de vie des chats adoptés. J’espère donner envie à plus de gens de recueillir un chat en refuge en les accompagnant dans leurs difficultés éventuelles avec le chat ».


Ses services ? « Des consultations comportementales d’une heure, qui incluent suivi et remise d’un rapport détaillé auquel se référer après ». Une prestation que la jeune femme tarifie 60 euros. « C’est bas par rapport aux autres comportementalistes, mais c’est important pour moi de rendre ce service accessible au plus grand monde ».
Des tarifs compétitifs
Autre service proposé : du catsitting, toujours au domicile du chat, « parce que c’est mieux pour eux de rester dans leur propre environnement ». « Je leur donne à manger et à boire, je change leur litière, je joue avec eux, je les câline » énumère-t-elle… Et d’ajouter, non sans fierté, être également apte à leur donner leurs médicaments, piqûres inclues. Compter 15 euros par jour pour une visite d’une heure, sans frais kilométriques pour les premiers 20 kilomètres. Des formules comprenant plusieurs passages par jour existent également.
Ici aussi, l’inclusivité compte pour Sherilyn. « Je ne veux pas que le budget étrangle les personnes qui veulent faire garder leur chat ».

Formée aux premiers secours félins, elle nous apprend comment leur faire du bouche-à-bouche. Soit « comme à un humain, mais en plus doucement, et en soufflant dans le nez plutôt que dans la bouche. Il faut souffler très délicatement, parce que les chats ont de tout petits poumons ».
Prévenir et guérir
Est-ce parce qu’elle a vu trop de félins délaissés en refuge ? Sherilyn propose également des consultations de prévention. Par exemple, « pour les gens qui vont avoir un bébé et craignent la cohabitation ». Ou celles qui s’apprêtent à adopter un autre animal et veulent préparer au mieux la rencontre.
Les signes auxquels être attentif ? « Il y a plein de signes qu’un chat ne va pas bien » sourit notre interlocutrice, bien au fait de leur tempérament affirmé. Et de noter que celui-ci leur joue des tours : « souvent, les gens se disent que c’est typique d’un chat, ou que le leur est juste un peu bizarre, alors qu’en fait, il va mal ».
Par exemple, un félin qui ferait ses besoins partout sauf dans sa litière « n’essaye pas du tout de se venger ou de vous ennuyer. Cela peut être le signe d’un stress, d’un problème de territoire, de besoins non respectés… »
Soit dit en passant, notre experte recommande d’appliquer la règle du « 1+1 » pour les litières. Soit deux si vous avez un félin, 3 si vous en avez deux et ainsi de suite.
À la folie
Les signes que votre matou est en pleine forme ? « Le quart d’heure de folie », connu chez l’auteure de ses lignes comme l’apparition de « Bobby le crabe cocaïnomane » en raison des postures improbables prises par le chat en plein délire.
Mais aussi « un chat qui mange bien et qui ne détruit pas ». La bonne nouvelle ? « À peu près tous les comportements problématiques ont une solution ». Même si « certains chats ne sont juste pas faits pour cohabiter avec l’humain. C’est triste pour nous quand ils sont sauvages et pas câlins, mais il faut le respecter. Je ne suis pas du tout partisane de la sociabilisation à tout prix ».


Et Sherilyn de confier toutefois qu’il est possible de renforcer le lien. Surprise, surprise, cela passe par l’estomac. « En le nourrissant, on devient son humain de référence et on obtient beaucoup plus de choses ». Même des câlins, parfois.
Au poil
Ce qui est loin d’être un problème avec Dahlia, le sublime spécimen blue turtle qui apparaît dans cet article et s’incruste dans notre conversation. En digne Sphynx, elle est aussi curieuse que câline, et elle adopte immédiatement Sherilyn. En digne chat, à chaque fois qu’on essaie d’immortaliser leur complicité, elle se retourne vivement et nous affiche son derrière en gros plan.

On peut dire beaucoup de choses des félins domestiqués, mais certainement pas qu’on est leurs « maîtres ». « Évidemment que les chats sont des connards » nous répond Sherilyn dans un éclat de rire. Avant d’ajouter que ses 3 femelles, Yona, Willie et Odie, sont « de vraies bitches ».
Plus qu’à tout autre moment de cette rencontre pourtant fort auspicieuse, on est séduits. Aimer les chats, oui, mais pour ce qu’ils sont. Accepter leur tempérament parfois compliqué. Changer ce qui peut l’être, respecter le reste. Oui, décidément, Sherilyn est une excellente comportementaliste féline. Ainsi que la nouvelle catsitteuse de notre chat chéri, ça va sans dire.
Feeling Félin, comportementaliste féline et catsitting
Consultations du lundi au vendredi de 17h30 à 19h30, et la samedi de 11h00 à 18h00
Contact par mail, info@feelingfelin.be, ou via WhatsApp, 0494/23.01.99
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