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Sens expression faire le mariole DR Boulettes Magazine Liège

On a cherché l’origine de l’expression « faire le mariole »

« Arrête de faire le mariole »: tout qui a grandi dans la Principauté s’est déjà fait enjoindre de la sorte à se calmer. Mais d’où vient l’expression, est-ce du lîdjeu, du wallon? On a voulu répondre à la question. 

Confession: on avait totalement oublié l’existence de cette injonction, qui, passé un certain âge, à tendance à ne plus trop retentir aux oreilles. Difficile d’imaginer en effet un boss ou un éventuel voisin de palier intimer d’arrêter de faire le mariole, à moins peut-être d’avoir une culture professionnelle très décontractée (ou toxique, c’est selon) ou bien peut-être d’être fort proche du voisin en question ou que celui-ci ne soit un baraki.

On l’avait oubliée, donc, jusqu’à ce qu’un ami place nonchalamment « mariole » au hasard d’une conversation il y a quelques mois et qu’on la ressorte épisodiquement depuis dans un éclat de rire. C’est que l’expression en question était le plus souvent prononcée avec un brin de malice et de tendresse, l’associant irrémédiablement dans l’esprit des principautaires à l’amour (grand-)parental et à un relent d’enfance. Or justement, en l’occurence, beaucoup l’associaient au parler familial, au langage fleuri d’un membre de leur famille, et l’entendre dans la bouche d’un jeune liégeois rappelait qu’elle ne se limitait pas au cercle familial mais s’étendait bien à toute la région liégeoise voire même au-delà. De quoi piquer notre curiosité et nous donner envie de chercher l’origine de la phrase ainsi que l’identité du Monsieur ou de la Madame Mariole originel.le, si tant est qu’il ou elle existe.

Spoiler: oui.

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Sens expression faire le mariole DR Boulettes Magazine Liège

Sainte Marie, mère de mariole

Mais d’abord, première surprise: l’expression est loin de se confiner à Liège, au contraire, et serait même originaire de chez nos voisins français, qui l’écrivaient « mariol » lors de son apparition au Moyen-Âge. Le Larousse, qui donne pour définition officielle de l’expression « faire l’intéressant, se faire remarquer », souligne d’ailleurs que cette orthographe est toujours acceptée aujourd’hui, tout comme mariolle et mariole, cette dernière étant la plus courante.

Si l’on s’en fie au « Dictionnaire Historique de la langue française » dirigé par Alain Rey, la locution serait dérivée des marioles, de petites images de la vierge Marie populaires au XIIIe siècle, le terme étant alors utilisé pour désigner des personnes cherchant à paraître plus pieuses qu’elles n’étaient.

Autre hypothèse? Il s’agirait d’une francisation de l’italien « mariolo », utilisé tantôt pour désigner un « escroc », un « brigand » ou un « filou ».

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Le cheval blanc de Napoléon

Et parce que étymologie comme dans la loi des séries, il n’y a jamais deux sans trois, une autre explication est avancée: la paternité du terme viendrait d’une figure historique, le fameux Monsieur Mariole de notre questionnement de départ, Dominique Gaye-Mariole, soldat de l’armée impériale de Napoléon en l’occurrence. Bûcheron taillé comme un séquoia et mesurant plus de deux mètres, le bûcheron de formation, né dans les Hautes-Pyrénées, s’illustre dans l’armée pour sa vigueur et son courage, la légende voulant qu’il ait volé au secours de Bonaparte lui-même après qu’il ait chuté à cheval. Célébré pour ses exploits et pris en modèle par David pour sa fresque « La Distribution des Aigles », le soldat aurait aussi inspiré l’expression selon la croyance populaire… Sauf qu’il aurait fallu pour ça qu’il soit aussi capable de traverser les couloirs du temps, celle-ci ayant été recensée pour la 1e fois au XIIe siècle alors même que le bon Gaye-Mariole a lui vu le jour au XVIIIe.

Voilà pour la petite histoire.

 

 

Chargée de la rubrique "La Semaine" du Vif Weekend, Kathleen prête également sa plume à Flair, VICE, Le Vif ou Wilfried, avec une préférence pour les sujets de société et politiques. Elle partage sa vie ainsi que la gestion de Boulettes Magazine avec Clem, son fiancé et co-rédacteur en chef. Passionnée de lecture et d'écriture depuis son plus jeune âge, cette Liégeoise au tempérament voyageur a fondé Boulettes Magazine en 2015.