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De vendeuse à Liège à journaliste à Bruxelles: l’art de (se) vendre

Hier vendeuse dans le Carré, aujourd’hui journaliste à la capitale, et toujours reporter pour Boulettes Magazine, Marine livre un témoignage inspirant sur son parcours, détours compris. 

« Fais de tes études un investissement pour ton avenir ». Non ce n’est pas le nouveau slogan d’une banque pour jeune. Quoi que… Si tu étudies pour un métier, tu dois dépenser temps et en argent. Lorsque tu trouves un job, une fois diplômé(e), quelle consécration ! Mais qu’en est-il quand tu t’es trompé d’orientation ? Que tu as bien aimé tes études mais pas tes stages ? Deux choix s’offrent à toi, continuer avec le diplôme que tu as en main ou tout recommencer… Peu importe l’issue, tu sais que c’est risqué.

À l’heure actuelle, on ne sait plus trop si c’est le diplôme ou la motivation qui t’aide à trouver un métier. Peu importe les cartes que tu as en main, ce ne sera peut-être jamais suffisant, ou au contraire, très porteur… Le tout c’est de ne rien lâcher.

Faire un choix

Tout a commencé en secondaires. À cet âge-là, déjà, comme beaucoup d’adolescents, j’ai subi les pressions de « l’après ». Je n’étais même pas certaine de l’option choisie, que l’on me posait la question « Et après ? Dans quoi veux-tu travailler ? » et là… Tu comprends que ce n’est plus une question innocente comme quand tu étais petite et que tu répondais chanteuse, mannequin ou actrice… Toutes ces ambitions disparaissent, tu sais que, désormais, tous tes choix futurs vont compter dans ton parcours.

Il fallait que je choisisse, ou tout du moins, que je réfléchisse à mes prochains choix. « Tes années à l’Athénée vont être le fondement de tes supérieures qui seront le fondement d’un avenir professionnel. » Forcément, tu ne vas pas choisir math 4h si tu veux faire ingénieur ! Et si ? Et si lorsque j’avais 17ans, mon rêve était de travailler en tant que traductrice et que quelques années après je voulais travailler dans les sciences ? « Idée impossible, tu fais tes secondaires, tu fais tes supérieures puis tu travailles. » Telle était la seule voie possible.

Lorsque je suis sortie en 2012 de l’option latin-math, mon frère m’a donné un précieux conseil car il me voyait hésiter entre deux types d’études : institutrice primaire ou rédactrice en chef d’un magazine, deux choses totalement différentes mais avec une envie commune, transmettre un savoir et informer. Son conseil ? « Choisis ce que tu trouves le plus sexy ». J’ai donc décidé de me lancer dans la communication. Mais là encore, je n’étais pas au bout de mes surprises …

Le monde des grands

Je voulais tenter l’université, j’ai donc tenté de faire Commu à Liège. Waw, c’était bien loin de ce que j’avais en tête… Pour résumer ?

« Vieux cours, vieux livres, vieux amphis et vieux profs. Voilà ce que j’ai ressenti. C’était totalement différent de ce que j’espérais »

Résultat ? Stress et anxiété car j’avais fait un mauvais choix, je n’allais pas m’épanouir. Il faut savoir que mon rêve était d’aller à l’IHECS à Bruxelles, mais dans ma famille ce n’était pas encore d’actu d’aller faire ses études dans une grande ville et payer pour kotter alors qu’il y a une haute école de com ici à Liège. Même pas en rêve. C’est ça ou rien.

C’est là que je suis littéralement tombée amoureuse de la série Mad Men, de ses machines à écrire et de sa pub « Lucky Strike, It’s Toasted ». Pour moi, ça a été un gros facteur de décision. Mon frère ayant fait design industriel à Saint Luc, je l’ai suivi là et j’ai fait pub ! Ces trois années m’ont ouvert les yeux sur un monde créatif insoupçonné. La possibilité d’imaginer, de créer et d’en faire son métier ? J’achète !

Sauf que … Lors des stages, tu te rends vite compte que sur le terrain ce n’est pas pareil. Évidemment qu’il y a des enjeux budgétaires et les exigences du client que tu n’avais explorés que théoriquement à l’école. Délais, compétition, argent, autant de choses en jeux et le tout dans un monde macho. Ce n’était pas pour moi. Par contre, c’est là que je me suis découvert une passion pour le copywriting (c’est l’utilisation de mots dans le but de promouvoir un produit, une personne, une entreprise, une opinion ou une idée) et l’écriture spontanée. Pas de chichis, tu vas à l’essentiel sans passer par des tournures de phrases pompeuses et des mots incompréhensibles. Tu peux parler de tout, à tout le monde et rapidement.

Maintenant tu dois bosser ! Tu sais ce que ça fait de payer à un drive in pour te rendre compte qu’il manque tes frites dans ta commande ? De payer un avocat et de perdre le procès ? Ou juste acheter une crème qui fait maigrir ? Voilà, autant de dépenses qui ne servent à rien.

« Tu paies à la grosse louche, 1000€ x 3ans pour ton cursus scolaire. Qui va t’assurer que ces 3000€ dépensé, te seront un jour rendus ? Personne. Lorsque tu fais tes études, tu as parfois à faire à des profs qui sont frustrés et qui te coteront uniquement sur ton « travail » de manière très scolaire sans chercher à te faire grandir professionnellement, ni te faire part des opportunités d’après. C’est dommage (et flippant !) parce qu’au final tu investis sans avoir la certitude que tu auras un travail après »

Tenter quelque chose

Et là je me dis, mais si ton rêve c’est d’avoir ton propre magazine, comment tu vas faire si tu ne fais pas d’études de journalisme ? « Bah oui, tout le monde sait, que si ce n’est pas marqué sur ton CV, tu as peu de chances d’y arriver… » (Bullshit !)
L’IHECS c’est 5 ans, l’ISFSC c’est 3. Mon choix est fait, je pars en internat étudier la com pendant 3 ans, à Bruxelles.

Lire aussi : Un an dans un internat pour filles à Bruxelles

On rigole tous ensemble. Au bout de 5 mois j’en ai marre d’être prise par la main et que des profs cotent mon écriture. Le truc c’est que j’ai payé mon année à l’internat, je vais donc arrêter d’aller en cours et profiter d’être à Bruxelles pour faire des stages. J’arrive à en dégoter un chez ELLE Belgique en tant que Community Manager, où je glisse quelques articles à moi. Ensuite un second chez WoWo Community en tant que graphiste, parce que oui j’ai fait graphisme lors d’un Erasmus en Espagne pendant mes études de Publicité. Je refais mon CV et je reviens à Liège à la fin de l’année scolaire pour postuler. Reboostée, ça ne va pas durer. La com à Liège ? À part pour des services sociaux, malheureusement ça n’a pas grand-chose de sexy justement … Il faut que je trouve du travail, c’est là que je choisis d’être vendeuse de vêtements.

La vie d’adulte

J’aime bien la mode, je sais vendre et j’aimais bien les gens, donc je vais bosser pendant 2 ou 3 ans et mettre de l’argent de côté, c’est ce que je me dis au moment de signer.Encore là ce n’est pas du tout ce que j’imaginais. Dès l’entrée du client, la vente commence.

(Attention je vais révéler des secrets insoupçonnés dans le milieu (parfois) vicieux de la vente)

À savoir que lorsque qu’un client entre dans un magasin, dans le mien en tout cas, il y a un compteur de passage. Ce compteur on l’appelle le Taux de Transformation. À la fin de la journée, tu obtiens une moyenne du nombre de passages dans ta boutique ainsi que du nombre de tickets sur la journée. Plus tu fais acheter les gens, meilleur ton TT est. Premier objectif.

Deuxième objectif : le chiffre d’affaire de la boutique. Chaque jour, un chiffre meilleur et supérieur à l’année précédente car évidemment, les grands patrons estiment que si t’es installé là depuis une année de plus, tu dois vendre plus car plus de clients. Logique, le pouvoir d’achat augmente d’année en année…

Le troisième ? Ton objectif personnel. Quoi de mieux pour détruire une équipe ? Ton magasin doit être le meilleur du réseau et toi la meilleure de ton équipe. Car bien sûr, si tu fais d’excellents résultats, on ne parlera que de toi. Par contre, si tu en fais trop souvent, on t’oublie, si tu n’en fais plus, on te réprimande. Pouce bleu.

« Sans compter que la marque pour laquelle je travaillais était très exigeante niveau présentation, personnelle et du magasin. Quand l’une des premières questions d’un boss, lorsqu’une nana a un entretien, c’est « Elle est quali ? », t’as tout compris »

Oui elle est quali ! Comme le magasin ! Comme les fringues qui sont trop chères pour la qualité ! Comme les chiffres qu’on essaie encore et encore d’améliorer ! Comme les clients qui décident eux-mêmes de quand ils veulent venir et de quand ils veulent acheter ! Comme le fait que vous en demandez toujours plus et que vous tirez encore et encore sur la corde, connard !

Si tu es déjà quelqu’un de perfectionniste et qui a tendance à te dépasser, ceci a le don de faire de toi une acharnée de travail, cherchant toujours à aller plus loin. Tout ça pour des fringues ? Really ?
Résultat : Ta santé en prend un coup, mentalement et physiquement. Jusqu’au jour où j’ai dit STOP. Là je dois arrêter ou c’est mon corps qui le fera.

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S’ouvrir des portes

Je n’ai jamais arrêté d’écrire (pour Boulettes Magazine notamment) de chercher et de postuler, et après deux ans, ça a payé. Marre de tourner dans ma roue d’hamster pour ne pas grandir intellectuellement et m’autodétruire, j’ai pris le risque de lâcher ma sécurité pour me lancer en tant que journaliste indépendante. « Et de toute façon, même si ça ne marche pas, faut que je sorte de là. »

Aujourd’hui je travaille en tant que journaliste pour PUB, un magazine expert en agences publicitaires et en nouveaux médias, à Bruxelles. C’est grâce à Boulettes que je suis là et à ma rage de ne rien lâcher.

« Aujourd’hui, j’ai mis un pied dans le journalisme grâce à mon diplôme qui m’a bercé dans un univers sur lequel je peux désormais écrire, j’y suis arrivée plus par passion que par vocation, quelle autre meilleure raison ? »

Et puis maintenant, je peux vraiment dire que mes études n’ont pas été inutiles, ni une perte de temps. Je ne sais pas où j’en serai dans 3 ans, 5 ans, 10 ans, mais au moins j’en ai eu pour mon argent.

Après être passée par ELLE et Paris Match Belgique, la plume de cette graphiste de formation mordue de copy-writing s'est posée chez Boulettes Magazine, où elle rédige des reportages percutants et des articles lifestyle brillants.