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St Servais, Waha… Qui étaient ceux dont le nom orne nos écoles

À Liège, outre les tribus formées par la division démographique ou le rassemblement entre différents milieux professionnels, les collèges et lycées qui jalonnent la ville peuvent également susciter un sentiment d’appartenance très fort. Sans toutefois qu’on sache toujours bien de qui on parle quand on dit qu’on est « de » St Servais, Waha, St Jacques ou St Bar…

Parce que ce serait bête tout de même de mourir idiots, on a décidé de fouiller dans le passé pour mettre une histoire sur ces noms qui ornent les façades des écoles liégeoises. Spoiler: certains d’entre eux ont vécu des vies dont le quotient rebondissements n’a rien à envier à celui d’une série Netflix. La preuve par X.

St Servais, le dernier des saints de glace

Egalement connu sous le nom de Servatius, celui qui fût évêque du diocèse de Tongres est né en l’an 300 en Arménie et a vécu jusqu’à l’âge de 84 ans, un record de longévité pour le IVe siècle, la légende voulant que si la mort l’a épargné si longtemps, c’est parce qu’il a prêché sans relâche l’évangile. Ça, ou bien alors peut-être le fait que selon une autre légende, il serait le cousin de Jésus Christ, rien de moins. Quoi qu’il en soit, il est plutôt populaire dans nos contrées, une vingtaine d’églises belges portant son nom. Fêté le 13 mai, il est également le dernier des saints de glace (après Saint Mamert et Saint Pancrace, si vous voulez tout savoir), d’où le dicton « passé St Servais, on peut semer ». Pour la petite histoire, selon la superstition, si vous touchez une statue de St Servais avec une baguette de coudrier posée à l’endroit où vous avez mal, la douleur disparaîtrait. Si jamais, il paraît que dans ce genre de situations un petit Paracetamol des familles est efficace aussi.

Lire aussi: 10 preuves que vous avez étudié à la meilleure école de Liège (oh ça va…)

 

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Léonie de Waha, la philanthrope féministe

De son nom complet Léonie de Waha de Chestret, celle qui vit le jour en 1836 au sein d’une famille de nobles installés dans un hôtel particulier de la rue Hors-Château a dédié sa vie à l’éducation du plus grand nombre, notamment en créant des bibliothèques à Chênée et Esneux ainsi qu’une école à Tilff, tout en s’engageant au sein des premiers mouvements de revendication féministe. Ardente défenseuse des droits des femmes, elle crée en 1868 l’Institut Supérieur Libre des Demoiselles dans l’hôtel de Crassier, lequel sera déménagé à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale à l’emplacement qu’on lui connaît. Non contente de promouvoir l’éducation, Léonie de Waha a également participé à la création de la Société Liégeoise, une organisation favorisant l’accès des classes défavorisées à la propriété.

 

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St Barthélémy, plus que la dernière demeure de Johnny

Si pour les adeptes des pages people, la mention de St Bar(th) évoque immédiatement le paradis exotique préféré du taulier, où l’interprète de « Gabrielle » repose d’ailleurs pour l’éternité, la Saint Barthélémy est avant tout une des pages les plus noires de l’Histoire de France, évoquant le bain de sang de la nuit du 24 août 1572, des milliers de protestants étant exécutés alors que les guerres de religion les opposent aux catholiques font rage.

Et Barthélémy dans tout ça? Ce Juif de Galilée était un des douze apôtres, envoyé en Arménie pour évangéliser la région et accueilli de manière moyennement chaleureuse par les habitants du cru, qui, non contents de l’écorcher vif l’auraient aussi crucifié tête en bas avant de le décapiter. Mauvaise ambiance.

St Jacques, le frère du traître

À ne pas confondre avec Saint Jacques le Majeur, aka Jacques de Zébédée, celui qui a prêté son nom à l’école liégeoise éponyme est Saint Jacques le Mineur, ou Jacques d’Alphée, tous deux appartenant aux douze apôtres. Malaise: le frère de Jacques d’Alphée n’est autre que ce traître de Judas, pas étonnant donc qu’on lui ait collé une petite distinction hiérarchique pas flatteuse, bien qu’il n’ait pour sa part causé la crucifixion de personne selon l’Histoire. Laquelle veut qu’il soit mort en martyr, lapidé à Jérusalem en l’an 62. Ou bien crucifié en Basse-Egypte où il s’était rendu pour prêcher l’Evangile: ça dépend à qui vous demandez.

Maria Goretti, la martyre venue d’Italie

Pour celles et ceux qui n’auraient pas lu l’article entier qu’on avait consacré à cette adolescente italienne victime de la cruauté des hommes, Maria Goretti est née dans la région des Marches à la fin du XIXe siècle dans une famille très pieuse et a été assassinée à l’aube de son douzième anniversaire par un jeune homme du cru dont elle avait refusé les avances. Reconnue sainte martyre par le Pape Pie XII en 1950, elle est la première sainte dont un parent, sa mère en l’occurence, a assisté à la canonisation.

Lire aussi: Le destin glauque et tragique de la vraie Maria Goretti

St Louis, le roi qui n’aimait pas les prostituées

Fondé par des pères jésuites au tournant du XXe siècle pour répondre aux besoins d’enseignement d’un quartier du Longdoz alors en pleine expansion, le collège Saint Louis aime souligner sur son site Internet être « une école de valeurs » qui enseigne « le respect inconditionnel des autres » mais oublie de préciser à quel Saint Louis son nom fait honneur. On partira donc qu’il s’agit du roi de France capétien, déjà considéré comme un saint de son vivant au XIIIe siècle, probablement parce qu’il a banni la prostitution et les jeux d’argents, tous deux plutôt mal vus par la chrétienté. Mort vraisemblablement du scorbut lors de sa participation à la 8e croisade, il est canonisé après que l’Eglise ait reconnu plusieurs miracles qu’il avait accompli.

NB: si toutefois le collège ne doit pas son nom à ce roi-saint mais bien à la ville américaine éponyme, weird flex but okay.

Maurice Destenay, des camps à la Violette

Né à Tilleur en 1900, cet homme politique libéral a tour à tour été instituteur, député, échevin puis bourgmestre, pose qu’il occupera durant 10 ans à Liège, de 1963 à sa mort en 1973. Durant la Seconde Guerre Mondiale, son engagement au sein de la Ligue d’Action Wallonne lui vaudra d’être interné par l’occupant allemand. Ardent défenseur des intérêts wallons mais aussi et surtout liégeois, il s’est notamment démené (sans succès) pour maintenir les Fourons au sein de la Province de Liège.

 

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Ste Véronique ou plutôt Ste Bérénice

Fêtée le 4 février par les catholiques et le 12 juillet par les orthodoxes, Véronique serait une femme pieuse de Jérusalem qui aurait pris pitié de Jésus alors qu’il effectuait son chemin de croix et lui aurait donné le voile qu’elle portait pour qu’il puisse s’essuyer le front avec. Incroyable mais vrai: lorsqu’il le lui rendit, son visage se serait imprimé sur le tissu, précédant de plusieurs millénaires les apparitions du visage du Christ dans du pain grillé qui sont fréquemment recensées en ligne. Encore plus incroyable: techniquement, c’est Sainte Bérénice qu’on devrait célébrer, Véronique étant la version latinisée du prénom de celle dont le destin est aujourd’hui irrémédiablement lié à la sixième station du chemin de croix.

Charles Rogier aka Liège 1 pour les intimes

Bien que né en France, dans l’Aisne même si vous voulez tout savoir, ce fils d’une famille belge déracinée de l’autre côté de la frontière a été une des figures de la Révolution belge de 1830, participant notamment à la prise d’assaut de la caserne Saint Laurent avant d’entrer au service de la Sûreté de l’Etat puis d’occuper divers postes ministériels. Si chez nous, son nom orne des athénées, de l’autre côté du pays, il est nettement moins populaire, les nationalistes flamands le tenant pour responsable de la francisation du pays, avançant notamment comme argument dans un discours à la Chambre en 1847 que « si les femmes et les filles flamandes connaissaient la langue qui se parle dans les autres parties du pays, elles seraient beaucoup plus recherchées pour le service domestique ». Dingue comme la situation s’est renversée, ou plutôt « ongelooflijk » comme dirait l’autre.

 

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St Luc, un homme mystérieux

Saviez-vous qu’en grec ancien, Luc s’écrivait Λουκᾶς et que celui qui nous occupe ici, et qui a écrit l’évangile éponyme, était médecin de son état? Fou comme on en apprend tous les jours. Du reste, selon sa page Wikipédia, il s’agit d’un personnage « dont on ne sait quasiment rien », ce qui n’empêche pas la page en question de tirer dans la longueur, nous apprenant qu’il aurait peut-être éventuellement mais ce n’est pas confirmé rédigé un journal de voyage et que son symbole est le taureau. Quant à savoir s’il aimait l’art, les cigarettes roulées et le café noir comme sa garde-robe: mystère.

 

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Marie-Thérèse, pas la courtisane, l’autre

À l’origine du nom de cette institution, non pas Marie-Thérèse d’Autriche, « une épouse ardente qui disgraciera un courtisan coupable d’avoir conseillé à l’Empereur de faire chambre à part » mais bien une Liégeoise ayant fait voeu de chasteté, à laquelle on doit la fondation de la Congrégation des Filles de la Croix et qui, selon l’école éponyme, était connue pour répéter à tous les enfants défavorisés du coin qu’elle les « inmait bien comme çoula » ou aimait bien comme cela en français dans le texte, ce qui potentiellement leur faisait une belle jambe mais après tout qui est-on pour oser affirmer que les marques d’affection n’apportent pas elles aussi une forme de nutrition?

 

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Vous avez encore soif d’Histoire? 

 

Chargée de la rubrique "La Semaine" du Vif Weekend, Kathleen prête également sa plume à Flair, VICE, Le Vif ou encore Wilfried, avec une préférence pour les sujets de société et politiques. Mariée avec Clément, co-rédacteur en chef de Boulettes Magazine, elle a fondé avec lui le semestriel SIROP, décliné à Liège et Bruxelles en attendant le reste du pays.