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Clara de la Céra - Montage Boulettes Magazine

Clara de la Céra ou la poterie pas cruche

Longtemps restée associée aux femmes d’un certain âge ou à la fameuse scène de « Ghost » dans l’imaginaire populaire, la poterie s’est offert un véritable revival ces dernières années, et l’artiste liégeoise Clara de la Céra fait partie de cette nouvelle garde tout sauf cruche. Joliment déglinguées et poétiquement loufoques, ses créations sont d’autant plus élégantes qu’elles ne se prennent pas au sérieux. Un peu comme leur créatrice. 

Comment devient-on une des créatrices de poterie les plus cool du game? C’est simple: on le fait par passion. Formée en pub à l’IHECS, Clara de la Céra alias Clara Dwelshauver pour l’état belge commence sa carrière à Londres, dans les bureaux du magazine VICE, où elle reste quatre ans avant de rentrer en 2017 à Bruxelles, « pour me rapprocher de mes copains qui me manquaient trop et aider à ouvrir la cellule de VICE Belgique, où je bosse toujours aujourd’hui ». La céramique? « C’est fascinant, et hyper libérateur. C’est vraiment un truc que j’ai commencé pour moi-même, c’est assez solennel et ça fait beaucoup de bien. Je considère ça comme une deuxième vie. Quand je quitte le bureau, je vais travailler quelques heures à l’atelier et quand je n’y suis pas, je bassine mes potes avec mes projets ».

« L’année dernière j’ai vraiment eu un déclic. Je me suis dit qu’en fait, ça ne devait pas nécessairement rester un passe-temps post-boulot et que j’avais vraiment envie de me développer, d’apprendre plein de trucs, des nouvelles techniques, faire mes émaux, développer mon univers, et surtout m’associer à des artistes pour faire des choses ensemble… J’avais plein d’envies, plein d’idées ».

Ni une ni deux, elle passe en mi-temps, s’associe avec son amie Charlotte Buron pour retaper entièrement un atelier à Bruxelles, achète un tour de potier et monte officiellement sa petite entreprise. A star is born, elle s’appelle Clara de la Céra et très vite, les commandes s’enchaînent.

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Clara de la céraClara de la Cera

Que sera (Clara de la) Céra

Et puis le confinement arrive. « Je suis rentrée me confiner à Liège en famille, et j’ai installé un atelier temporaire entre la terrasse, le garage, ma chambre et la salle à manger pour le plus grand bonheur de tous, surtout ma mère » sourit Clara. « J’ai pris contact avec la super Sophie Giet (Yawa Ceramics) qui a un atelier dingo à Sainte Walburge et met son four à disposition. Ca m’a permis d’avancer sur des projets que j’avais en stand by comme des commandes, un projet avec la fleuriste Elodie Mouton, que j’aime tant, ou le projet Galeries Saint Lambert x Boulettes Magazine ».

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Et de continuer son cheminement, entamé chez « la douce Camille Steyaert du Studio Kiwi, à Bruxelles, une femme passionnée et passionnante qui m’a donné envie de continuer d’apprendre et de m’exercer. À Londres, je n’avais jamais osé me lancer, j’avais l’impression de ne pas être assez méticuleuse, que c’était un passe-temps de filles saines qui mangent bio. Quand mes premières pièces sont sorties du four au Studio, je me suis dit que tout ça finalement, ce n’était pas si mal. Et c’était tellement valorisant ». Car pour Clara de la Céra, la poterie est bien plus qu’un passe-temps.

« Ça fait constamment appel à ta créativité, tu as une liberté de fou avec les terres, les formes et les couleurs. Ça te fait travailler sur plusieurs niveaux: ta créativité, certes, mais aussi ta patience face au procédé, ta méticulosité, ton approche face à l’erreur ou l’échec, ça stimule des émotions super positives quand une pièce sort, ça t’oblige à lâcher prise sur certains aspects.  Finalement, c’est un challenge constant, tant créatif que psychologique ».

Et une école de la frustration, aussi, même si « ton niveau de frustration n’équivaudra jamais ton niveau de satisfaction quand une pièce sort bien. Surtout si tu fais ça avant tout pour ton plaisir perso et que tu tires des leçons de tes erreurs. Finalement avec cette vision là, t’es prêt à tout. Surtout que, à côté de ta production manuelle, il y a tout un procédé sur lequel tu n’as plus trop de contrôle: tes pièces doivent prendre le temps de sécher à leur aise, plusieurs jours. Puis il y a un premier four qui biscuite (cuit) ta pièce. Puis tu émailles, et tu enfournes une deuxième fois. Les cuissons prennent chacune environ 48h. C’est précieux la céramique, à tout point de vue ».

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Clara de la Cera

Clara de la Cera

Désacraliser le procédé

Précieux, certes, mais pas au sens pincé du terme. « Mon esthétique est un peu gauche, parfaitement imparfaite et spontanée. J’ai un bonheur démesuré à produire des pièces uniques, et j’ai envie de rester honnête avec ça. À travers mon univers, j’avais envie de désacraliser cette image perfectionniste que j’avais de la céramique ». Dont acte sur Instagram, où les publications de ses créations s’accompagnent de légendes au croisement de l’humour et de l’absurde, ce que nos voisins français aiment tant qualifier de « surréalisme à la belge, une fois ».

« J’ai envie de partager les galères, comme quand je dois prendre le tram avec un vase sous le bras pour aller le cuire, les casses, les erreurs d’émaillage, mais finalement (et surtout) les réussites et résultats d’un travail passionné ».

Car quelques mois seulement après s’être lancée « pour de bon », la petite entreprise de Clara de la Céra ne connaît pas la crise et les commandes s’enchaînent, sa présence au pop-up de fêtes de la Galerie CDLT s’étant soldé par un sold-out à chaque arrivée de nouvelles pièces.

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« J’adore travailler les pièces volumineuses au colombin, une technique de ‘boudins’ qui permet de jouer sur la grandeur, comme des vases par exemple, et d’y ressentir une liberté de fou. Je dessine toujours des petits croquis de ce vers quoi j’ai envie d’aller et ça n’y ressemble jamais. Mais ça c’est parce que je ne sais pas dessiner je pense » sourit-elle. « Finalement, quand t’es face à ton pain de terre, y’a plus que toi et tes idées, et parfois tu te surprends par le résultat final. C’est ça qui m’éclate le plus. Le grand bonheur avec la céramique, c’est que tu n’arrêtes jamais d’apprendre, autant sur la technique que sur toi-même. Sophie, de Yawa Ceramics, me disait que tu n’as pas assez de toute une vie et cette perspective me réjouit en vrai ».

Clara de la Cera

Clara de la Cera

Envie de (vous) offrir une création Clara de la Céra? Rendez-vous sur son e-shop (stock réassorti fin juin). Pour la suivre sur Instagram, c’est ici.

Et si vous aimez la céramique et êtes à la recherche de nouveaux créateurs, Clara n’est pas avare de recommandations: « Je suis méga fan de la non-prise de tête de Bonne Aventure, la technique et les volumes de Naomi Gilon ou la liégeoise Yawa Ceramics, l’univers de LRNCE, la coolitude de Rebu Ceramics, les assiettes de Marion Graux, la pureté de Rachel Saunders, les couleurs de Attua Aparicio, le partage de connaissance de Florian Gadsby, et surtout les vases de Sarah Pschorn que j’aime trop et que j’ai découverte via la Fracas Gallery, où ils avaient fait une installation avec Thierry Boutemy pour la Collectible à Bruxelles. Un rêve… Sinon c’est toujours trop gai de voir des plateformes mettre des artistes en avant comme la Independant Ceramics Market à Londres où j’ai été l’année dernière c’était trop bien. L’année prochaine je postule pour un stand ».

Pssst! Dans la (talentueuse) famille Dwelshauver, on vous parlait de la soeur aînée ici il y a quelques semaines : Les doudous en soie Avril Kids, parce que bébé le vaut bien 

Journaliste politique, lifestyle et société pour Flair Belgique, Kathleen écrit également pour Le Vif, VICE ou encore Wilfried, et partage sa vie ainsi que la gestion de Boulettes Magazine avec Clem, son fiancé et co-rédacteur en chef. Passionnée de lecture et d'écriture depuis son plus jeune âge, cette Liégeoise au tempérament voyageur a fondé Boulettes Magazine en 2015 avec sa meilleure amie, Juliette Salme.